41 – Zen sur le Zambèze

41 – Zen sur le Zambèze

Sur les conseils de Wayne, nous coupons en deux le trajet entre Lusaka et Harare. Nous descendons du bus à Chirundu pour aller camper quelques jours sur les rives du Zambèze.

Mais d’abord, petit détour par le bureau de poste. Après tout, c’est le dernier arrêt en Zambie donc la dernière opportunité pour envoyer nos cartes postales. La porte est fermée, aucun signe de vie à l’intérieur (malgré la pancarte « OPEN »). Nous demandons à un homme en face s’il sait si la poste est ouverte. Il nous répond que oui, mais que l’employé n’est pas là. Nous avions remarqué, oui… Nous lui demandons s’il sait quand il va revenir. Il hausse les épaules et s’en va.  Un autre homme passe, nous lui demandons s’il sait quand le responsable va revenir. Il sourit, nous dit que c’est lui et commence à ouvrir la porte. Parfait !

Une fois à l’intérieur nous dégainons nos cartes postales et demandons s’il a des timbres pour l’Europe. Il nous répond qu’il n’en a pas, et qu’il n’en aura pas avant lundi prochain. Nous insistons, et demandons s’il sait où nous pouvons en trouver aujourd’hui car nous quittons prochainement le pays. Il nous fait signe de patienter, puis sort son téléphone et converse avec quelqu’un (peut-être quelqu’un qui a des timbres ?). Il raccroche, sourit une nouvelle fois et nous annonce que nous pouvons en acheter dans la ville voisine. Nous lui répondons que nous n’avons pas de voiture, donc c’est impossible. En plus nous partons bientôt. Nous décidons que la seule option qu’il nous reste est de lui laisser les cartes avec de l’argent pour les timbres. Nous échangeons nos numéros et lui demandons s’il peut nous envoyer une photo des cartes timbrées lundi.

« Aucun souci ! » répond-il, toujours en souriant. Alors que nous nous apprêtons à partir, une femme entre. Ça doit être une autre cliente, nous la saluons. Mais elle continue et fait tranquillement le tour pour s’installer derrière le comptoir ! Heather et moi nous regardons, intrigués, et demandons si elle n’a pas des timbres, par hasard.

« Bien sûr ! » répond-elle, avant de disparaître dans la salle de derrière. Elle en ressort quelques minutes plus tard avec plusieurs classeurs remplis de timbres ! L’homme nous rend alors notre argent comme si de rien n’était, pendant que nous retenons un énorme fou rire. Ce n’est pas la première fois qu’on nous raconte n’importe quoi sur ce voyage, mais là on atteint un sommet.

Une heure de taxi (et 200 kwachas, soit 13€) plus tard nous atteignons Kiambi Lodge, qui propose des bungalows et des emplacements de camping avec une jolie vue sur le fleuve et Zimbabwe en face. Nous y campons trois jours et sommes les seuls clients. Lusaka n’est qu’à quelques heures donc ça se remplit probablement pour les week-ends et les vacances scolaires.

Il n’y a que nous, et les employés qui font semblant de travailler. La majorité de leur travail semble d’ailleurs se concentrer autour du bar et de la télé qui diffuse du foot, plus que dans les douches remplies de toiles d’araignées. Mais nous ne nous plaignons pas, ils nous donnent des glaçons à chaque fois que nous remplissons nos gourdes !

Nos principales occupations sont : se protéger de la chaleur en restant dans la piscine, admirer les couchers de soleil sur le fleuve et écouter les hippopotames qui mouillent à proximité. Bref, l’endroit parfait pour du repos et des spectaculaires paysages africains.

Après trois jours à s’observer de loin, l’heure est venue de notre rencontre avec l’énigmatique Zimbabwe. Nous savons déjà que le pays fait face (entre autres) à une pénurie d’argent liquide. Il est conseillé d’y arriver avec des Dollars américains. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire depuis notre départ, en récupérant les précieux billets verts dans toutes les villes où cela était possible.

Nous démontons la tente à quatre heures du matin, retrouvons à la porte le taxi que nous avons commandé la veille. Nous échangeons nos derniers Kwachas zambiens avant la frontière contre quelques Dollars zimbabwéens (les seuls que nous verrons pendant notre séjour là-bas !). Même Google est incapable de fournir un taux de change, heureusement le groupe Facebook « Backpakcing Africa » se révèle précieux pour avoir des informations.

Une fois tamponnée notre sortie du territoire nous traversons à pied le grand pont qui relie les deux pays (cadeau du gouvernement japonais). En face, les premiers à nous accueillir sont une troupe de babouins qui traînent au bord de la route.

Il y a une longue file d’attente devant le poste-frontière. La plupart sont des femmes, qui portent de grands sacs ou seaux sur leurs têtes. Ils sont pleins de toutes sortes de marchandises qu’elles vont vendre au Zimbabwe : chaussures, vêtements, fruits, appareils électroniques etc. En nous apercevant elles nous font signe de passer devant en nous indiquant un guichet. C’est un peu gênant d’être ainsi favorisés quand les gens attendent depuis longtemps, mais nous y allons. Pour la première fois, nous ne payons pas la même somme pour le visa : 50$ pour Heather et son passeport anglais, 30$ pour Arnaud. Une question de réciprocité sur les visas visiblement, et peut-être un vestige du passé colonial. Dommage qu’Heather n’ait plus son passeport Sud-Africain (ils ne paient pas de visas pour le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe), ça nous aurait économisé 175$ !

Nos passeports désormais orné de chers autocollants et tampons, nous nous dirigeons vers le parking pour attendre notre bus pour Harare. Nous avons appelé plusieurs fois la compagnie pour réserver deux places, mais nous ne serons rassurés que quand il sera vraiment là ! Cela nous laisse le temps d’acheter une carte SIM et un peu d’internet mobile à un vendeur à la sauvette. Le bus fait son apparition vers onze heures. Il y a bien deux sièges qui nous attendent. Et voilà !

Mais ce n’est pas la fin de l’attente. Nous patientons pendant que les autres passagers passent le contrôle à la frontière et que tous les sacs sont fouillés. Contrairement aux apparences, nous sommes en fait plutôt vernis : nous ne voyons pas le contenu de nos sacs étalé sur le sol devant tout le monde. Puis il faut attendre encore. Et encore. Nous sommes tous regroupés sous les petits espaces d’ombre disponible. Difficile d’obtenir des informations sur ce qu’on attend. Visiblement un officiel doit venir contrôler les documents du bus et l’entrée des passagers. Quoi que ce soit, nous restons deux heures à attendre ainsi. Nous discutons avec d’autres passagers pour passer le temps. Il y a un Congolais, qui travaille en Afrique du Sud et a été figurant dans le film « Hôtel Rwanda » (filmé en Afrique du Sud). Et un Chinois qui aime travailler en Afrique, parce que le rythme est plus tranquille. Mais il aimerait bien pouvoir rentrer en Chine pour voir sa femme et sa fille plus qu’une fois par an. Il a du mal à réaliser que nous puissions être en « vacances » pour un an.

Un homme en uniforme apparaît enfin et traverse le parking en pulvérisant le record de la marche la plus lente du monde. En traînant des pieds comme ça, il vaut mieux connaître un bon cordonnier. Il se place devant la porte du bus et contrôle les passeports d’un vague coup d’œil alors que nous prenons place.

Après deux bonnes heures coincés dans les embouteillages, nous arrivons à un point de contrôle. Le bus doit se garer sur le côté. Nous patientons sagement pendant que les chauffeurs et les policiers parlementent. Les ventilateurs sont à l’arrêt, on nous explique qu’ils tombent en panne quand il fait trop chaud. Logique. La chaleur devient difficilement supportable, nous sortons prendre l’air. Ce qui entraîne la sortie de l’intégralité des passagers derrière nous. Tout le monde est maintenant bien placé pour voir les policiers qui désignent les bagages en secouant la tête et en pointant du doigts le personnel du bus. Ils semblent très agacés et commencent à faire semblant d’inspecter un à un tous les sacs dans les soutes du car. Ils en entrouvrent certains péniblement en continuant d’agiter la tête devant les chauffeurs. Il fait toujours aussi chaud, et tout le monde en a marre. Un des passagers, sourd, se moque des policiers dans leur dos et nous oblige à réprimer un rire. Les chauffeurs ont l’air résignés, comme s’ils connaissaient déjà par avance la suite des évènements.  Ils demandent à tout le monde de remonter dans le bus, car ils doivent « donner quelque chose aux policiers, mais ne peuvent pas le faire en face de nous ». C’est le premier cas de corruption évidente auquel nous assistons depuis notre départ.

Les policiers obtiennent satisfaction et le trajet reprend. Nous traversons de grandes étendues de brousse, de forêt et de champs. Tout est spectaculaire dans la lumière du soleil qui se couche. Pour la première fois, nous voyons des équipements agricoles industriels : tracteurs, systèmes d’arrosage, silos à grain. Mais il n’y a pas vraiment d’activité. Tout semble à l’arrêt.

Nous arrivons le soir à Harare. Graeme du Preez, le cousin du papa d’Heather, vient nous chercher. Quel plaisir de retrouver de la famille. Nous partageons le dîner et quelques verres avec eux le soir, ce sera le début de quelques jours très agréables.

Nous nous rendons ensuite chez Val, chez qui nous avons réservé une chambre sur Airbnb pour les trois prochaines nuits. Nous sommes fatigués mais nous avons hâte de mieux connaître les du Preez et ce fascinant pays.

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