36 – Taxis en folie et Cape Maclear

36 – Taxis en folie et Cape Maclear

Nous avons maintenant une chance d’atteindre Cape Maclear avant la nuit, à quatre cent cinquante kilomètres d’ici, à l’extrême Sud du lac Malawi. Il faudra être efficaces, mais c’est jouable. La meilleure option c’est de trouver un taxi partagé : ils roulent et se remplissent plus vite, donc on attend moins. Nous en trouvons un rapidement, et acceptons un prix pour qu’il nous conduise jusqu’à Cape Maclear. C’était plutôt simple en fait.

Nkhata Bay > Cape Maclear

Il se remplit facilement, et son coffre avec. Au cours du voyage, notre perspective de l’espace a beaucoup changé. Combien de fois avons-nous soutenu que nos sacs ne rentreraient jamais dans le coffre, souvent déjà rempli des valises, sacs, bassines ou poules des autres voyageurs ? Les chauffeurs nous ont toujours fait mentir. Cette fois-ci, un morceau de ficelle jaune maintient le coffre à peu près fermé. Facile.

Le taxi s’arrête au bout de deux heures, et tous les autres passagers descendent. Ils vont peut-être tous au même endroit. Nous, en revanche, nous allons à Cape Maclear donc pas besoin de quitter nos sièges. Mais les choses ne sont jamais aussi simples : le chauffeur vient nous voir pour nous dire de monter dans un autre taxi. Les deux chauffeurs s’arrangent entre eux pour l’argent pendant qu’un troisième gars joue à Tetris pour transférer les bagages d’un coffre à l’autre. En bon touristes un peu paumés, nous les interrompons dans leur discussion pour s’assurer que le nouveau va bien jusqu’à Cape Maclear et expliquer que nous avons payé pour tout le trajet. Ils acquiescent, nous confirment que le taxi y va et que nous devrions monter. Ce que nous faisons, en espérant que ce sera le dernier véhicule. Mais les choses ne sont jamais aussi simples. Nous sommes baladés entre plusieurs nouveaux taxis et minibus, souvent avec d’autres passagers. A chaque fois la même scène : nous répétons que nous allons à Cape Maclear et que nous avons déjà payé, bien que le premier chauffeur soit déjà loin maintenant. A chaque fois ils acquiescent, nous disent que c’est bon et que nous devrions monter.

Les deux taxis et pleins de vélos !

Les grandes routes au Malawi sont bien goudronnées et parfaites pour conduire vite. Il faut parfois traverser quelques ponts inattendus. A chaque fois nous fermons les yeux en espérant ne pas finir dans la rivière.  

A l’un des arrêts, il faut cette fois prendre un minibus, ce qui prend plus de temps à remplir. Et le chauffeur attendra d’être enfin prêt à partir pour décider d’aller faire le plein d’essence. La scène nous fait exploser de rire.

Comme d’habitude, la grande distraction consiste à regarder défiler le monde à travers les vitres. La route est bien plate, on distingue des montagnes au loin. Autour de nous se déploient les habitations : des groupes de petites maisons en brique, avec leurs toits en tôle ou en chaume. Chaque ensemble de bâtiments partage une cabine de toilettes à l’extérieur et parfois une cuisine d’où s’échappe de la fumée. Des poulaillers et des enclos à animaux en roseaux tissés se tiennent fièrement surélevés. On voit aussi des petites structures de briques rouges. Certaines sont des fours, reconnaissables à leurs orifices pour placer le bois et la nourriture, d’autres probablement des « réfrigérateurs » : l’espace intérieur est préservé de la chaleur pour stocker les aliments. Le sol a une couleur de terre cuite. S’il y a un grand espace laissé vide, c’est en général le terrain de foot. Les animaux gambadent au milieu de tout ça : des vaches, des chèvres, des poulets ou des oies. Les habitations sont bordées par les champs et les baobabs. On voit parfois des rizières.  

Les villages plus importants ont des pompes à eau manuelles et des petites boutiques qui portent des noms incroyables : “God’s gift”, “God’s plan”, “Only God knows”, “Let God be God”, ou “If God says yes, who can say no ?”. On reconnaît les bouchers aux grosses pièces de viande qui pendent du plafond. Les marchés vendent du poisson séché, des oignons, des tomates et du chou. L’odeur de mangue continue de nous accompagner partout.

Les femmes portent des bassines sur la tête et des bébés sur le dos. Elles enroulent des grands tissus colorés par-dessus leurs vêtements. Il y a des vélos partout, ils servent aussi bien au transport des personnes que des affaires. Ils ont parfois des coussins et des repose-pieds pour les passagers.

Les autres passagers sont souriants et rigolent souvent entre eux. Le plus jeune est un bébé tout mignon âgé de trois jours qui rentre chez lui depuis la clinique avec sa maman et sa (très fière) grand-mère. On aperçoit juste ses petits yeux entre les couvertures.

Contrairement aux autres pays, au Malawi les gens n’essaient pas de nous faire payer pour les bagages. Un homme nous dit quand même que nous devrions parler Chichewa. Avec un peu plus que dix jours, pourquoi pas. Mais là ça fera un peu court.

Comme prévu, c’est un long trajet. La musique et les quelques snacks attrapés à travers les vitres nous occupent : œufs durs, morceaux de poulet ou pommes. Les autres passagers font le choix de manger du poisson, et se retrouvent recouverts de mouches. Peu enclins à rencontrer encore des insectes, nous évitons cette option. Nous appelons l’hôtel en route, pour leur dire que nous arrivons et savoir s’ils peuvent laisser la réception ouverte pour nous.

Démarrez la vidéo pour une autre chanson que nous avons entendu partout au Malawi 🚗

La nuit tombe, nous avons perdu le compte du nombre de taxis ou minibus. Nous en venons à douter de pouvoir arriver aujourd’hui. Le taxi s’arrête. Tous les passagers sortent encore. Habitués, nous allons voir le prochain chauffeur pour lui dire que nous avons payé pour aller à Cape Maclear. Cette fois, pas d’acquiescement, seulement un conducteur de moto qui secoue la tête. Il est le dernier maillon de la chaîne et les négociations entre lui et le chauffeur de taxi se passent mal. Clairement ses prédécesseurs ont pris plus que leur part, il trouve qu’il ne reste pas assez pour lui.

Nous en avons un peu marre. A chaque fois on nous a dit que la voiture allait à Cape Maclear, et il reste encore quinze kilomètres. Nous avons juste envie d’arriver. De son côté, le chauffeur de taxi laisse l’argent qu’il reste au motard et s’en va.

Nous voilà partis, trois personnes plus nos deux gros sacs sur une seule moto. Nous parcourons les derniers kilomètres jusqu’à l’hôtel. Heureusement, nous sommes seuls sur la route et la lune bien brillante éclaire tout autour de nous. Ce n’est pas un si long trajet, mais il semble durer une éternité. Nous arrivons enfin à Thumbi Lodge, soulagés. La réception est toujours ouverte (ouf !) et ils ont fait une erreur sur la réservation donc nous sommes surclassés dans une meilleure chambre (cool !).

Heureuse d'être arrivée !
Le joli lavabo dans la chambre

Cape Maclear est une jolie petite ville balnéaire, très touristique. Nous y passons quelques jours très charmants. Coïncidence amusante, nous avons choisi le même hôtel que celui où les parents d’Heather avaient campé il y a vingt-neuf ans. Ça s’appelait Mr Stevens à l’époque. L’hôtel est toujours au bord du l’eau, mais maintenant il y a de jolies chambres et une piscine.

Pour des photos de nous, cliquez sur les flèches ci-dessous :

Nous ne nous baignons pas dans le lac (nous essayons d’éviter la bilharziose et nous n’avons pas envie de suivre un traitement préventif), mais nous passons du temps à observer les locaux qui viennent y pêcher, nager, prendre leur bain et faire leur lessive. Les mamans font preuve d’une dextérité impressionnante, elles réussissent à faire toutes ces choses en même temps tout en gardant leurs gamins sous contrôle.

Nous faisons connaissance avec les autres voyageurs. Il y a un Sud-Africain, Colin Middleton, qui part vivre en Angleterre… en voiture ! Il y a un groupe de jeunes sud-africains qui font un road-trip avant de rentrer à Pretoria. Ils sont sympas, et nous invitent à venir les voir quand nous auront atteint l’Afrique du Sud. Le rendez-vous est pris, à dans quelques mois !

Le groupe de nos amis Sud-Africain (bon, ceux de droite sont un Ukrainien et une Hollandaise).

One Reply to “36 – Taxis en folie et Cape Maclear”

  1. Encore une fois vous suivez les traces des parents d’Heather….
    quel voyage entre les différents taxis…. moto-taxis et enfin l’hôtel

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