32 – A bord du Tazara Express

32 – A bord du Tazara Express

L’heure est venue. Aujourd’hui nous prenons le Tazara Express, deuxième train de notre voyage (l’autre étant le Madaraka Express). Tazara signifie Tanzania-Zambia Railway Authority. Il y a deux trains par semaine entre Dar es Salaam et Mboshi (à quelques heures de Lusaka, en Zambie). Nous nous arrêterons avant, à Mbeya en Tanzanie (à une centaine de kilomètres du Malawi).

Sur les conseils du guichetier, nous arrivons en avance pour essayer de troquer nos tickets troisième classe contre des meilleures places. Coup de chance : ils ont rajouté des wagons ! Nous prenons les quatre places d’un compartiment première classe, ce qui permet de rester ensemble et d’avoir des couchettes (les cabines sont non-mixtes en théorie).

Nos billets troisième classe avaient coûté 55.600 Shillings, soit 22€. Le sur-classement rajoute 101.600 shillings, soit 40€. A 62€, la dépense est importante. Mais le trajet vaudra chaque centime et l’aventure du Tazara Express se révèlera un des moments forts du voyage !

La gare est un superbe ouvrage, mais elle tombe en ruine. Si on met de côté les trous au plafond et les traces d’humidité sur les murs, on peut se croire dans un décor à la Wes Anderson.

Les tickets première classe nous octroient le droit d’attendre dans le salon VIP… qui n’en a que le nom. Des flaques d’eau par terre, l’humidité sur les murs et le plafond qui menace de tomber sur nos têtes : la salle n’est pas vraiment engageante pour la suite. Nous y trouvons deux amis brésiliens et une dame brésilienne (coïncidence totale : ils ne se connaissent pas !) ainsi que quelques locaux. Plus tard arrive un jeune hollandais, qui se dirige vers nous et nous parle dans sa langue natale. Il nous faut quelques minutes pour comprendre qu’il a été trompé par notre sac en toile qui vient d’Amsterdam, haha !

Vue des quais depuis la salle d'attente

L’attente donne soif alors Arnaud part à la recherche de jus de fruits. Nous ne le réalisons pas encore, mais en quittant la côte nous disons aussi au revoir à tous les jus de fruits frais et aux noix de coco.

Malgré ce manque de jus, nous sommes préparés comme jamais : sept litres d’eau dans les sacs et assez de snacks pour tenir le trajet. Nous ne savons pas ce que nous trouverons à bord et nous avons lu que le train est souvent en retard, parfois de plusieurs jours ! Dans ces situations, mieux vaut trop que pas assez.

L’heure d’embarquer arrive enfin. Mais nous restons toujours coincés dans la salle d’attente. Après quelques heures, un brouhaha dans le hall indique que la bataille a commencé. Tous les gens se ruent sur les portes du quai, qui sont ouvertes puis refermées à plusieurs reprises, laissant échapper à chaque fois une vingtaine de passagers. Chaque groupe doit alors aligner ses bagages au sol, reculer de quelques pas et attendre que trois chiens assez peu motivés remontent la file en faisant semblant de renifler les valises. 🐕‍🦺🐕‍🦺🐕‍🦺

Nous sommes tout excités d’arriver enfin à notre cabine. Nous voyageons léger. Surtout par rapport aux nombreuses femmes qui portent leur bébé accroché sur le dos, un sac en équilibre sur la tête, deux gros sacs dans les mains et parfois un deuxième gamin qui s’accroche où il peut. 

Notre cabine est assez impressionnante. Enfin, selon nos standards. C’est-à-dire qu’elle semble ultra-luxueuse comparée aux bus habituels. Il y a quatre lits (contre six en deuxième classe et seulement des sièges en troisième). Nous stockons nos affaires et les couvertures fournies sur les lits du haut (il fait trop chauds pour les utiliser de toute façon). Les lits du bas serviront de pièce à vivre et de couchages. Il y a une table (que nous prenons le temps de bien désinfecter) entre les lits, avec un ventilateur au-dessus (oui oui, un vrai qui fonctionne et qui tourne !) et des prises et interrupteurs en-dessous. Grand confort, en résumé.

Vue de notre cabine, depuis le couloir

Le meilleur reste la grande fenêtre, à travers laquelle nous passons nos têtes pour voir défiler les paysages de Tanzanie. Principalement de la brousse verdoyante, et de la terre couleur de rouille. Impossible d’apercevoir des animaux à travers la végétation dense. Nous traversons les champs de céréales, les plantations de bananes, les palmiers et d’immenses étendues de prairies inhabitées. A mesure que nous approchons de notre destination, le paysage se fait plus montagneux et le train doit ralentir son allure pour serpenter entre les collines et dans les tunnels. L’autre versant des vallées est couvert d’exploitations forestières. Au loin, nous observons de gros nuages se vider de leurs masses d’eau.

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En ce qui concerne nos propres masses d’eau, elles partent directement sur les rails. Les toilettes première classe sont une cuvette placée au-dessus d’un trou qui donne directement sous le train (en deuxième et troisième classe, il n’y a même pas la cuvette). Il y a un seau dans un coin en guise de chasse d’eau et un petit lavabo dans l’autre coin. Mais même de longues minutes avec les mains sous l’eau ne suffisent pas à se sentir propre ici, nous ajoutons une couche de gel antibactérien.  A côté de ces toilettes se trouve une salle pour se repoudrer le nez ou, plus prosaïquement, se brosser les dents. On y trouve de grands miroirs sur les murs et plusieurs lavabos en dessous.  

Sorti des toilettes, le Tazara est une expérience géniale ! Il faut probablement le vivre pour comprendre. On se croirait dans un James Bond, avec l’impression qu’il pourrait à n’importe quel moment surgir dans la cabine depuis le toit du train à la poursuite d’un méchant. On est assez loin de l’ambiance luxueuse type Orient Express que l’on pourrait imaginer. En plus, les personnages n’ont pas grand-chose d’un livre d’Agatha Christie !

L’un d’entre eux s’appelle Freddy. Il veille à notre sécurité, nous aide et nous sympathisons sur la fin du voyage. Il travaille sur le Tazara à temps plein : trois semaines à faire des allers-retours et une semaine à se reposer chez lui avec sa femme et sa fille. Le boulot est difficile. Il doit toujours être prêt si des clients ont besoin de lui pour ouvrir leur cabine, être éveillé la nuit pour ouvrir les portes quand le train s’arrête (ce qui peut arriver à tout moment). Il vient souvent nous voir pour discuter. Nous l’aidons en rechargeant son téléphone dans notre cabine, en retour Heather l’emprunte pour s’inscrire au vote à distance en Angleterre. Merci Freddy !

Nous ne sommes pas entièrement confinés à notre cabine. Il y a un wagon-restaurant et un wagon-bar, qui devrait plutôt s’appeler « wagon de l’ambiance ». On y passe de la musique à fond et c’est rempli de gens qui boivent et dansent à n’importe quelle heure. Nous commandons deux bières Safari et les buvons dans le calme du wagon-restaurant en admirant le joli coucher de soleil à travers la fenêtre.

Le wagon-restaurant

Le train marque un arrêt au début du trajet, près de la côte. Bonne surprise, il y a des vendeurs de noix de coco à l’extérieur. Sans perdre de temps, nous agitons les bras pour attirer leur attention et en acheter deux, qu’ils ouvrent à la machette. Les autres passagers avalent leurs jus d’une traite pour avoir le temps de se faire ensuite découper les fruits en morceaux. Nous prenons le temps de savourer, ce qui signifie qu’il faut se débrouiller avec notre petit couteau et nos pailles-cuillères pour manger la chair. Hm, c’est délicieux !   

Les repas sont un grand moment sur le Tazara. Le responsable de la cuisine passe dans la cabine pour prendre nos commandes et notre argent, puis reviens avec les plats et la monnaie. Il n’écrit jamais rien, mais réussit quand même à toujours tout retenir. La nourriture est bonne, sans plus. C’est surement le service en cabine qui rend le repas excitant. Du riz avec des légumes, une soupe de tomate et une tranche de pastèque pour 3500 shillings (soit 1,4€). Nous prenons parfois une assiette chacun, parfois une pour deux. Le petit-déjeuner est le même pour tout le monde : omelette, pain grillé, saucisse bien rose et un peu de spaghetti sans sauce. Le thé a un goût de soupe à la tomate, haha.

Une autre activité réjouissante consiste à regarder l’excitation des gens quand le train passe devant eux, surtout quand ils voient des Mzungus ! Les enfants courent le long des rails en agitant les bras vers nous. Ce voyage changera probablement notre façon d’accueillir les gens à Paris.

Nous arrivons à Mbeya vingt-huit heures après avoir quitté Dar es Salaam (soit avec seulement quatre heures de retard sur l’horaire prévue). Les autres passagers en ont encore pour vingt-quatre heures avant d’arriver à Moshi.

L'arrivée à Mbeya

C’est un trajet fabuleux, que nous ne sommes pas près d’oublier, et soixante euros bien dépensés. Une bonne expérience pour qui aime l’aventure et n’a pas peur de toilettes sales ou d’un train imprévisible.

Ci-dessous, une vidéo prise pendant le trajet :

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