28 – Au-dessus des arbres

28 – Au-dessus des arbres

Les forêts primaires sont des forêts qui n’ont jamais été détruites ou exploitées par l’Homme. Il n’en reste plus beaucoup dans le monde et elles sont partout soumises à une pression de plus en plus forte. Le Rwanda, conscient de l’importance vitale de ces extraordinaires puits de carbone, fait de gros efforts pour préserver la forêt de Nyungwe. C’est la plus grande forêt tropicale de montagne en Afrique, et nous avons hâte d’aller voir ça.

Pour cela, direction Gisakura au sud du pays. Dans le bus, nous changeons plusieurs fois de sièges jusqu’à nous retrouver assis ensemble à l’arrière, à côté d’une dame et son enfant. Il est tout jeune, et regarde nos visages blancs avec les yeux grands ouverts. Il est fasciné par la barbe (qui tire un peu sur le roux) d’Arnaud et touche son menton régulièrement, comme pour vérifier qu’il ne lui en pousse pas une aussi. Il est mignon, Heather passe un long moment à jouer avec lui et Otis. Distraits, et peu habitués à rester moins de cinq heures dans un bus, nous ratons notre arrêt et descendons trop loin. Nous signalons que nous voulons descendre (en frappant contre les vitres) puis tentons de négocier un prix avec des moto-taxis, mais ils sont chers. Il est encore tôt donc nous décidons de marcher vers notre destination, ce qui devrait prendre deux heures. Deux d’entre eux nous rattrapent, ils insistent pour nous prendre et baissent leurs exigences. Nous montons, et leur disons que nous aurons besoin de transport pour aller à la forêt. Ça leur plaît, et à nous aussi : pas besoin de négocier avec des chauffeurs de motos demain matin.

Gisakura est un (très) petit village au sommet d’une colline. L’offre hôtelière est pour le moins limitée. Parmi les rares possibilités, nous optons pour Keza Guesthouse. Nous nous retrouvons avec une toute petite chambre, sombre et à la propreté douteuse. Il n’y a pas d’eau chaude et la douche ne produit qu’un petit filet ridicule. Pour vingt-cinq dollars, on est à la limite de l’arnaque. Heureusement, ils servent des chocolats chauds et nous n’avons pas l’intention de rester ici plusieurs nuits.

L’avantage quand on ne passe pas des journées entières dans les transports, c’est qu’on a l’après-midi pour se promener. C’est ce que nous faisons en parcourant un chemin de terre derrière l’hôtel, sous les regards surpris des locaux qui vont et viennent entre leurs maisons et le petit marché au sommet de la colline. Les enfants courent autour de nous : « Mzungu ! Mzungu ! Mzunguuuu !!!! » Visiblement ils ont le même mot pour désigner les blancs qu’au Kenya et en Tanzanie. Nous profitons des jolies vues des collines couvertes du manteau vert de la forêt vierge.

Le lendemain, nous avalons notre petit-déjeuner, emballons les sandwichs aux œufs que nous a préparés l’hôtelier et partageons notre café avec nos chauffeurs. Puis nous enfourchons les motos. La route s’enfonce dans la forêt, goudron parfait au milieu de la jungle. Dans cette région frontalière, des incidents ont déjà eu lieu avec des groupes armés opposants au régime du Président Kagamé, réfugiés au Burundi. Le Rwanda prend sa sécurité très au sérieux, alors de nombreux soldats lourdement armés sont déployés le long de la route. Nous les croisons régulièrement et ils nous saluent.

Nous sommes les seuls visiteurs pour le tour de huit heures. Nous laissons nos sacs à la réception dehors, avec une dizaine de soldats et gardes forestiers. Nous avons choisi de visiter la forêt de façon un peu originale : en marchant au-dessus des arbres. Oui oui, au-dessus. Ça s’appelle la promenade sur la canopée, et c’est même la meilleure du monde ! Après trente minutes de marche sur un chemin glissant dans la forêt, notre guide nous conduit sur un grand pont suspendu en acier. Nous voilà soixante mètres au-dessus du sol, bien au-dessus de la cime des arbres ! Le pont fait cent-soixante mètres de long, et bouge quand on marche dessus.

La vue est superbe. Les arbres sont comme un tapis de brocolis sous nos pieds, à perte de vue. Nous restons un moment pour admirer, puis refaisons le chemin en sens inverse. La marche dans la forêt est l’occasion d’échanger avec notre guide, qui nous parle des opportunités dans le Rwanda moderne et de ses ambitions pour l’avenir (qui excluent un mariage, puisqu’il estime qu’une femme ne ferait que dépenser tout son argent).  

🥦

Faire défiler ci-dessous pour plus de photos :

Là, un garde nous dit en souriant qu’un singe a pris notre pique-nique. Probablement de l’humour rwandais : nous avons laissé nos sacs au milieu des soldats et n’avons pas vu un singe de la matinée. Nous commençons à sourire poliment à sa plaisanterie mais il tend le bras et insiste « Si si, regardez ! ». Nous apercevons alors un petit singe des montagnes (aussi appelé Cercopithèque de l’Hœst) caché dans les herbes hautes. Il tient dans ses mains un morceau de pain d’où dépasse une omelette. « Hé ! Mais c’est à nous ça ! ». Il a encore faim visiblement et tente un deuxième service. Mais nous avons déjà récupéré nos sacs et le deuxième sandwich, que les gardes avaient réussi à sauver. Il nous faudra un peu plus pour le déjeuner, nous achetons donc de quoi manger à la boutique de souvenirs. Très jolie tactique pour faire dépenser plus aux touristes, haha.

🍳🥪😋

Le personnel du parc passe un coup de téléphone pour nous réserver deux sièges dans un des bus qui traversent la forêt et vont jusqu’à Kigali. Il y a un autre blanc à l’intérieur : un Sud-africain venu pour le travail et qui a pris du temps libre pour visiter un peu le Rwanda. Coïncidence amusante : sa fille vit à Paris ! Notre tour du Rwanda touche à sa fin. Nous avons l’impression d’en avoir bien profité, mais aussi d’avoir à peine effleuré les richesses de ce superbe pays. Mais il faut avancer, et c’est un changement complet de décor qui nous attend pour la suite !

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