20 – Ceux qui aiment les autres

20 – Ceux qui aiment les autres

Il faut croire que nous avons pris goût aux piscines (on est gâtés, je sais). En même temps, nous n’avons pas choisi l’auberge Adonaï pour ça. C’est une des moins chères de Voi et il se trouve qu’elle en possède une (gagnant-gagnant !).

L’auberge n’est pas complètement terminée

Il nous a fallu un jour et demi pour aller de Lamu à Voi en passant par Mombasa. Par la fenêtre nous avons vu défiler les nombreux baobabs, les plantations de sisal et les artisans qui fabriquent des meubles au bord de la piste. Petite ville isolée du Sud du Kenya, Voi est principalement connue pour être proche de deux grands parcs nationaux (Tsavo Est et Ouest). Pour nous, c’est surtout le point de départ de notre bus vers Arusha, en Tanzanie.

Chege, le jovial pasteur qui tient l’auberge, a accepté de nous offrir le gîte et le couvert en échange de l’intégralité des shillings kenyans qui traînent dans nos poches et qui nous serons bientôt inutiles. Il faut dire que rendre service, c’est son domaine. Depuis qu’il s’est installé ici il tente d’aider les populations locales, il est d’ailleurs connu pour ça aux alentours.

La vie à Voi est difficile. La terre est de plus en plus sèche, cultiver devient de plus en plus compliqué.  Alors les gens se débrouillent comme ils peuvent pour gagner quelques shillings par-ci par-là, par exemple en fabriquant des morceaux de charbon de bois. Beaucoup se tournent vers l’alcool et la drogue pour échapper à cette réalité. Avec les revenus de l’auberge et son activité dans l’église locale il tente de leur venir en aide. Si vous vous sentez l’envie de loger à Adonaï et d’aider la communauté, les volontaires et missionnaires sont les bienvenus !

Le trajet jusqu’à Arusha prend sept heures (dont une heure à la frontière pour obtenir nos visas pendant que le reste des passagers nous attend). Si l’essentiel de la route traverse des étendues de savane dont cette fin de saison des pluies ne parvient plus à cacher la sécheresse, il y a quand même une curiosité que nos yeux de visiteurs recherchent à travers les vitres sales du bus. En effet, nous passons au pied du célèbre Kilimandjaro. Mais ce jour-là, le géant de 5895 mètres joue au timide et se cache derrière d’épais nuages blancs. Nous nous consolerons avec de jolies vues de son petit frère, le mont Meru (qui affiche tout de même 4562 mètres au compteur).

👋🗻

Après la frontière, nous nous arrêtons une autre fois et la moitié des passagers descendent. Nous ne sommes pas dans une grande ville, c’est bizarre. Le bus repart, à moitié vide. Dix minutes plus tard nous passons par une station de pesée pour les véhicules lourds et 20 minutes plus tard, un peu plus loin sur la route, les passagers qui nous avaient quitté remontent dans le bus. Aucun problème avec les restrictions de poids du véhicule avec cette méthode, haha.  🤦‍♀️

Nous arrivons le soir à Arusha, puis passons la journée du lendemain à réaliser toutes les formalités devenues habituelles dans un nouveau pays : acheter une carte SIM, apprendre le taux de change, tester la nourriture… Sur la base ces premières impressions, la Tanzanie ressemble beaucoup au Kenya : ils parlent le swahili dans les deux pays, il y a la même omniprésence des safaris, nourriture similaire (toutes les combinaisons imaginables de viandes avec frites).

Du fait de sa proximité avec les grands parcs nationaux, Arusha est même LA ville des safaris et nous sommes sans cesse sollicités par des guides qui veulent nous convaincre qu’ils sont le meilleur choix pour nous délester des quelques centaines d’euros que coûtent ces excursions. Dommage pour eux, nous ne sommes pas là pour ça.

Nous disons cette fois vraiment au revoir aux hôtels avec piscine pour loger au Maasaï Hostel à Olasiti (dans la banlieue d’Arusha). Nous faisons la connaissance de Swahiba, son sympathique gérant. C’est un véritable entrepreneur, qui mène de front plusieurs activités. En plus de son auberge, il possède du matériel de camping qu’il loue aux organisateurs de safaris, il suit une formation pour devenir guide lui-même, il possède trois motos qu’il louait à des chauffeurs comme piki-pikis (moto-taxis) et vend même des peintures. Son prochain projet est de partir au Chili où il ira travailler dans le bar d’anciens clients devenus ses amis. Si ça, ce n’est pas de la mondialisation !

Swahiba

Il est impliqué dans de nombreuses activités. Il aide l’école locale et a investi dans plusieurs grandes poubelles qu’il veut voir utilisées par les habitants pour mettre fin à la mauvaise habitude de tout jeter par terre. Ça n’a pas vraiment été couronné de succès pour le moment, mais il ne désespère pas. Sur sa proposition, Arnaud dirige un après-midi l’entraînement de foot des jeunes du village. Pas évident avec un ballon pour trente, mais ils sont appliqués et ont l’air contents.

En route pour le terrain de foot (Swahiba a prêté ses chaussures à Arnaud)
Terrain de foot avec vue 😍

Nous ne sommes pas à Olasiti pour joueur au foot, mais pour rendre visite à Claire, qu’Heather connaît depuis Christchurch. Elle était dans le même groupe d’amis que la sœur d’Heather et son père, Derek, allait à la même église qu’Heather.

Heather, Claire et des amis à Snowdonia en 2003

Claire est une personne admirable. Nous nous en doutions avant d’aller la voir, mais nous le savons encore plus maintenant. C’est la raison pour laquelle nous parlons d’elle ici, pour que vous connaissiez le bien qu’elle fait et à quel point sa famille est belle.

Claire est arrivée en Tanzanie en 2011, au départ comme volontaire dans un orphelinat (elle a toujours été très douée avec les enfants). Son travail l’a menée à diriger son propre orphelinat où elle s’est occupée de centaines d’enfants, sauvant certains d’une mort certaine. Huit ans plus tard, elle est toujours en Tanzanie et a six enfants, cinq ayant été adoptés. Elle n’aurait jamais imaginé se retrouver à la tête d’une famille de sept personnes. Adopter ne faisait pas partie de ses plans en arrivant en Tanzanie. Par son travail, elle s’est retrouvée à soutenir et recueillir des enfants qui avaient besoin d’attention et de soins permanents. La plupart de ces enfants sont ensuite partis, mais certains ont créés avec elle des liens spéciaux et sont restés dans sa vie. Claire est naturellement devenue le seul soutien de ces enfants, leur tuteur légal et leur « maman ».

Elle a toujours imaginé rester en Tanzanie avec ses enfants, mais aujourd’hui elle se retrouve forcée d’imaginer un futur ailleurs. Depuis quelques années, il est devenu de plus en plus compliqué pour les expatriés de rester travailler en Tanzanie. Bien qu’elle soit très travailleuse et parfaitement bilingue en swahili (impressionnant, hein), Claire n’a pas pu obtenir de visa pour travailler ici depuis la fin de son précédent poste. Elle fait de son mieux pour rendre sa famille indépendante (ils font pousser leurs propres fruits et légumes, ont des cochons, des panneaux solaires et collectent l’eau de pluie pour les besoins de la maison). Maman Upshall fait ce qu’elle peut pour gagner de l’argent (par exemple en vendant des objets sur ebay, en s’impliquant dans des projets artistiques ou même en retournant parfois travailler en Angleterre). Elle économise autant qu’elle peut (avec du « fait-maison » : yaourts, fromage, confiture, mayonnaise, ketchup etc.). A court terme, elle souhaite renforcer cette indépendance en achetant des chèvres, des poulets et un grand congélateur. Mais par-dessus tout, Claire veut vivre dans un pays où elle pourra travailler pour soutenir sa famille. Elle est loin de sa famille et de ses amis, les autres expatriés quittent le pays, nous sommes tristes pour elle. L’année passée a été particulièrement dure car elle a perdu son supporter n°1 (son père, Derek) et sa meilleure amie en Tanzanie, Grace. Malgré les épreuves, elle élève ses six enfants seule. Difficile de décrire le formidable travail qu’elle accomplit. Alfie, Jack, Layla, Bella, Madeleine et Betty sont très polis, bien élevés, toujours prêts à aider et pleins de joie. Nous restons quelques jours avec les Upshalls près d’Arusha et, au moment de se dire au revoir, nous sommes tristes de les quitter. Nous sommes reconnaissants de savoir qu’il existe des gens comme elle qui font preuve de compassion et d’un amour désintéressé pour les autres.

Descendre pour voir des galeries de l’anniversaire d’Alfie, de notre visite au Cultural Heritage Centre et aux Them Falls.

*Si vous souhaitez soutenir Claire dans ses démarches pour trouver un endroit où elle pourra travailler et offrir une bonne éducation à ses enfants, vous pouvez lui donner un soutien financier : https://www.gofundme.com/f/help-bring-the-upshall-children-hom

One Reply to “20 – Ceux qui aiment les autres”

  1. chers enfants
    Je trouve l’histoire de Claire magnifique et effectivement il est triste qu’elle soit obligée de partir alors qu’on a besoin d’elle dans ce pays.
    de plus sa vie montre qu’elle est autonome et débrouillarde…
    Marie-emmanuelle et Pascal

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