19 – C’est Lamu à la plage

19 – C’est Lamu à la plage

La dernière étape de notre exploration côtière nous conduit à Lamu. Cette petite île se situe tout au Nord du littoral kenyan, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec la Somalie. Cette proximité rend le trajet en bus un peu long car l’armée kenyane effectue des contrôles réguliers (la plupart des gens prennent un vol, mais nous restons sur notre idée de les éviter, et franchement le trajet n’est pas si mauvais). Le tourisme étant la principale source de revenu du pays, ils prennent le sujet de la sécurité très au sérieux ! La région avait été impactée en 2011 par un enlèvement de touristes. Depuis, l’armée américaine est venue donner un coup de main et aide le gouvernement kenyan à assurer la sécurité dans le Nord du pays.

Lamu est un des plus anciennes villes swahilies. Envahie tour à tour depuis le XVIème siècle par les arabes, les portugais et les touristes, son histoire se mêle à celle des grandes routes commerciales entre Orient et Occident. La ville connut un âge d’or sous le contrôle des sultans d’Oman et de Zanzibar pendant le XIXème siècle. Cette prospérité économique a pris fin en 1873 quand les britanniques sont venus casser l’ambiance en forçant la fermeture du marché aux esclaves, quelques années avant leur occupation du Kenya. Mais des jours meilleurs sont peut-être à prévoir car les chinois mènent en ce moment d’importants travaux qui devraient faire de Lamu le plus grand port d’Afrique de l’Est.

Après le bus, on accède à l’île par bateau. Il faut bien avouer qu’arriver par la mer dans une ville a quelques choses d’excitant. Nous admirons les jolies façades blanches des bâtiments et sentons déjà l’effervescence du port. Nous avons hâte de nous perdre dans ces ruelles centenaires, d’être envoutés par les maisons en corail et les portes en bois richement décorées (qui sont, par ailleurs, classées auprès de l’UNESCO) !

Nous sommes finalement (un peu) déçus. Le pied à peine posé sur le quai, nous comprenons que l’agitation est en grande partie liée au harcèlement des touristes. Nous sommes constamment approchés par des personnes qui nous proposent de faire un tour en bateau / visiter la ville / nous emmener pêcher, impossible d’être seuls pour faire Lamu !

Nous parvenons tout de même à nous échapper pour explorer la ville. Si certaines rues et maisons sont vraiment jolies, il y aussi beaucoup de saleté. On devine que Lamu a pu être ce carrefour pour marins, aux parfums d’Orient et à l’architecture flamboyante. Mais l’usure du temps et l’hygiène négligée ont altéré son éclat. Au Kenya, comme en Ethiopie, les gens ont la malheureuse habitude de jeter tous leurs déchets par terre. Il n’est pas rare de voir quelqu’un finir sa bouteille en plastique et la balancer dans la mer ou par la fenêtre du bus. Les emballages s’amoncellent au pied des bâtiments, sur le quai et dans la mer. Des affiches annonçent qu’un grand nettoyage a eu lieu le mois dernier ; ils essaient donc de changer ça. Je suppose que ça prend du temps de changer les mentalités, comme partout. Nous avons tous nos propres responsabilités sur la destruction de l’environnement, le plus important c’est surtout de changer nous-même pour encourager les autres par l’exemple.

Les voitures sont interdites à Lamu (sauf véhicules d’urgence), et depuis toujours ce sont les ânes qui transportent les hommes et les marchandises. On en compte plus de quatre mille sur l’île ! C’est d’ailleurs une des attractions ici, et c’est très sympa de se prendre en photo avec eux. Mais il est difficile d’ignorer que tous ces ânes portent les plaies des coups de fouets, des harnais et des lourdes charges qui pèsent sur leurs dos. Beaucoup d’entre eux doivent souvent se nourrir dans les tas de déchets qui jonchent les rues et ont du mal à trouver de l’eau potable.

Nous visitons à ce sujet le refuge pour ânes, fondé par Elisabeth Svendsen en 1969. Cette docteur anglaise dirigeait déjà un refuge similaire à Sidmouth, dans le Devon, et en a ensuite ouvert plusieurs à travers le monde, partout où des ânes avaient besoin d’aide. Le personnel du refuge éduque les populations locales à un meilleur traitement des animaux, conduit des campagnes de vaccination et soigne gratuitement les animaux blessés ou malades. Une gageure. Vous pouvez visiter leur site internet pour plus d’informations : https://www.thedonkeysanctuary.org.uk/news/helping-lamus-hidden-donkeys

Les ânes ne sont pas les seuls animaux sur l’île. Lamu abrite aussi des milliers de chats. Certains disent que les chats sont mêmes originaires de Lamu! Les chats ici ont les oreilles plus grandes que la moyenne, comme ceux de l’Egypte antique. Une française a ouvert un refuge pour chat sur l’île (plus que nécessaire !), la Lamu Animal Welfare Clinic (LAWC). Cette ONG vise à améliorer leurs conditions de vie en les stérilisant, les vaccinant et en les protégeant des parasites ou des blessures.

Sur l’île, il y a la ville de Lamu et il y a Shela. Ce village situé à quelques kilomètres possède la seule véritable plage de l’île. C’est là que les expatriés et les touristes posent réellement leurs valises. Les bâtiments ont le même style swahili, mais ils sont plus récents, plus propres et mieux entretenus. Les déchets sont quasi-inexistants. Tout est plus calme (les motos sont interdites ici), et il n’y a pas de beach boys pour nous harceler. Nous restons quelques jours à profiter de la plage de rêve et de la piscine. Les gens disent de Shela que c’est un Zanzibar sans les hordes de touristes. Eh bien, nous vous diront ce qu’il en est quand nous serons à Zanzibar !

C’est la dernière étape de notre escapade côtière. Il est temps maintenant de revenir sur nos pas et de nous diriger vers notre troisième pays : la Tanzanie. Notre impression de Lamu reste mitigée, quelque part entre plongée dans l’histoire, plage paradisiaque, patrimoine négligé et sollicitations incessantes. Nous avons maintenant envie de revenir à des endroits où nous aurions moins l’impression d’être deux touristes parmi tant d’autres !

Vous pouves faire défiler les photos ci-dessous pour admirer les rues de Lamu, les ânes, et les superbes portes swahilies…

2 Replies to “19 – C’est Lamu à la plage”

  1. chers enfants, merci pour ces récits et photos si belles …
    Des ânes on en a aussi à La Plesse !!

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