16 – Joy du Kenya

16 – Joy du Kenya

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Joy Adamson. Vous la connaissez probablement comme l’auteur de « Born free », ou comme « la dame à la lionne ». En tout cas c’est comme ça que Heather s’en rappelle, ayant lu ses livres avec sa maman étant petite (enfin, la plupart du temps Heather s’endormait avant la fin donc il fallait lui résumer le chapitre précédent chaque nuit).

“La dame à la lionne”🦁

Maintenant que nous avons visité la maison de Joy (appelée Elsamere) au lac Naivasha et découvert son incroyable histoire, nous réalisons qu’elle fut bien plus que « la dame à la lionne ».

Joy (de son vrai nom Friederike Victoria Gessner) est née dans une région de l’Empire austro-hongrois qui fait maintenant partie de la Tchéquie. A l’âge de dix ans elle vit ses parents divorcer et partit vivre avec sa grand-mère à Vienne. Là, elle étudia la musique à l’université et rêvait de devenir pianiste. Malheureusement, ses mains étaient trop petites pour pouvoir espérer percer dans ce métier, alors elle se tourna vers la sculpture.

Elle se passionna pour cet art. Pour se perfectionner, elle suivit des cours d’anatomie pendant lesquels elle assista à des dissections de cadavres. Elle aimait tellement apprendre l’anatomie humaine qu’elle décida de commencer des études de médecine. Elle n’alla pas au bout de ces études, car elle épousa en 1935 Victor Von Klarwill. Juif tentant de fuir le régime nazi naissant en Autriche, Von Karwill envoya Joy dans un bateau en direction du Kenya pour voir s’il pourrait être intéressant pour eux de s’y installer.

Lors de la traversée, Joy rencontra Peter Bally et en tomba amoureuse. A son arrivée au Kenya, elle annonça sa volonté de divorcer de Von Karwill et épousa Peter Bally peu de temps après. C’est lui qui lui donna le surnom « Joy ». Bally était un botaniste et artiste talentueux. Inspirée par lui, Joy s’essaya à la peinture. Son premier dessin fut un lis rouge, qu’elle jugea si mauvais qu’elle déchira la feuille pour la jeter à la poubelle. Bally alla récupérer le dessin, le recolla et l’encadra. Il encouragea Joy à continuer de dessiner et peindre la faune et la flore pendant leurs aventures kenyanes. Au final, Joy produisit plus de sept cents dessins botaniques qui furent publiés dans de nombreux livres. Elle devint une artiste talentueuse, au point de voir son travail récompensé de la Grenfell Gold Medal par la Royal Horticultural Society en 1974 ! Epatant, non ?

Joy ne se limita pas aux peintures florales. Durant ses voyages au Kenya avec son mari, elle décida de noter tout ce qu’elle découvrait sur les tribus locales, afin que ces connaissances ne soient pas effacées par le temps. Son désir de préserver cette culture la mena à peindre les hommes et femmes de quarante-quatre tribus à travers le Kenya. Le gouvernement kenyan lui commanda même certains portraits. Beaucoup de ses peintures sont aujourd’hui exposées au Nairobi National Museum. Il faut croire que c’est en forgeant qu’on devient forgeron.

Au début des années 40, Joy et Peter Bally partirent en safari avec George Adamson. Pendant le voyage, Joy et George se rendirent compte qu’ils étaient en train de tomber amoureux l’un de l’autre. Ambiance. Ne voulant pas interférer avec son mariage, George se trouva une excuse pour changer de route et quitta le couple Bally. Il se jura de ne jamais recontacter Joy. Jusqu’en 1944 où Joy et George se retrouvèrent par hasard à Nairobi. Joy divorça d’avec Peter Bally, le reste appartient à l’Histoire.

George Adamson, le troisième et dernier mari de Joy, était garde-chasse dans le Nord du Kenya.

Les Adamson 💙

Nous arrivons à la partie de l’histoire de Joy que vous avez peut-être déjà entendue. En 1956, George se trouvait en mission dans la savane quand il fut chargé par une lionne. Il se défendit avec son fusil et la tua. Il découvrit alors qu’elle ne faisait que défendre ses petits quand il trouva trois lionceaux dans une petite grotte non loin et les ramena à la maison. Les Adamson connurent beaucoup de difficulté pour s’en occuper et après six mois deux des lions furent envoyés à un zoo européen (comme il était d’usage pour les animaux sauvages apprivoisés). La plus jeune, Elsa, resta avec eux. Souhaitant la relâcher dans son habitat naturel, ils passèrent plusieurs mois à lui apprendre à chasser et à survivre par elle-même. Le travail des Adamson devint une référence dans la préservation des animaux sauvages puisqu’ils parvinrent avec succès à remettre Elsa dans la nature. Elle donna même naissance à une portée de lionceaux.

Joy, Elsa et les deux autres lionceaux

Elsa finit par mourir d’une maladie transmise par une tique, laissant Joy désemparée. Elle avait trouvé en Elsa un amour qu’elle n’avait jamais connu avec un être humain : « J’ai trouvé en Elsa l’amour en son état le plus pur ». Après la mort d’Elsa, Joy dédia sa vie à la conservation des animaux et collecta des fonds pour cette cause. Elle réhabilita d’autres animaux, parmi lesquels un guépard (Pippa) et un léopard d’Afrique (Penny).

Joy décida de diffuser ses histoires à travers le monde. Elle fut rejetée par plusieurs maisons d’édition avant d’en trouver une qui accepta de publier son livre. Joy devint alors un auteur à succès et Born Free fut même adapté en un film qui gagna de nombreux prix. Elle devint célèbre grâce à ses livres (et rencontra même la Reine !).

Joy utilisa cette célébrité pour attirer l’attention de l’opinion publique sur plusieurs causes importantes. Elle fit campagne contre les vêtements en fourrure, voyagea à travers le monde pour parler de protection des animaux, et combattit sans relâche les braconniers.

Joy ne cherchait pas à gagner de l’argent pour elle-même. Avec la fortune gagnée grâce à ses livres elle participa à la création du World Wildlife Fund (WWF). Elle fonda aussi une association appelée Elsa Wild Animal Appeal qui devint plus tard le Elsa Conservation Trust. Quand elle et Georges décédèrent, leur domaine fut légué à l’association. Aujourd’hui, son exploitation participe au financement de réserves animales et à l’éduction des populations sur l’importance de la protection des animaux.  

L’entrée du Hell’s Gate National Park (financé par l’association de Joy)

Malgré tout le bien que faisait Joy, son fort caractère la rendait difficile à vivre et mal-aimée par certains. Des gens disaient d’elle qu’elle était plus aimable avec les animaux qu’avec les humains. À la suite d’une dispute avec un de ses employés, celui-ci l’assassina en 1980. Son mari, George Adamson, fut lui aussi tué alors qu’il essayait de sauver un touriste allemand de bandits somaliens en 1989. On ne peut que noter l’ironie de leurs morts, tués par des hommes après avoir dédié leurs vies à protéger les animaux. Comme le disait Joy : « Puisque nous les humains avons de meilleurs cerveaux, n’est-il pas de notre responsabilité de protéger nos amis les bêtes, aussi bizarre soit-il, de nous même ? »   

Nous avons beaucoup apprécié découvrir la vie extraordinaire de Joy Adamson. Bon, les divorces successifs ne sont pas des modèles, mais à part ça :

Elle fit toujours ressortir le meilleur de ses maris et les conduit à obtenir le meilleur d’elle-même, en faisant même ressortir des talents qu’elle ignorait avoir. Grâce à son premier mari elle tomba amoureuse du Kenya, grâce au deuxième elle découvrit ses talents de peintre et grâce au troisième elle vit naître sa passion pour les animaux. Elle tirait toujours le meilleur de chaque situation, même perdue dans la brousse au milieu de nulle part elle parvenait à accomplir des choses extraordinaires.

Joy transpirait la joie de vivre. Elle avait un sourire magnifique. Elle voyait l’amour et la gentillesse dans des félins sauvages ; là où les autres ne voyaient que des prédateurs ou des trophées de chasse.

Nous admirons le fait qu’elle a toujours fait ce qu’elle aimait. Joy était créative, passionnée, n’avait pas peur d’oser et donner son maximum dans tout ce qu’elle faisait.

Il est admirable qu’elle n’ait jamais couru après l’argent. Elle vivait pour ses passions, qui en retour lui ont rapporté un salaire. Même quand elle gagnait très bien sa vie, cela ne l’a jamais détourné de ses objectifs. Elle continua de vivre simplement, et de se battre pour ses convictions. Joy était courageuse et osait aller dans des endroits d’où les européens ne revenaient pas toujours. Elle n’eut jamais une vie rangée et resta une vraie aventurière.   

La maison des Adamson (Elsamere) est située sur les bords du lac Naivasha. Joy y fit la majorité de ses peintures, de ses écrits et de son travail de protection des animaux jusqu’à sa mort.

Nous restons camper pendant une semaine au bord du lac, au milieu des acacias pointus, des agaves, des arbres à fièvre, des papyrus, des euphorbes candélabres et des expatriés venus de Nairobi. Nous y sommes fréquemment visités par des hippopotames, des singes colobus ou vervets et de nombreux oiseaux (parmi lesquels des aigrettes grises et blanches, des martins pêcheurs pie, des pics à tête rouge, des inséparables masqués, des choucadors superbes, de pélicans à dos rose, des hérons, des foulques, des marabouts, des bécasseaux, des oies égyptiennes, des pintades de Numidie, des cormorans, des aigles pêcheurs d’Afrique, et des ibis hagedash). Ces derniers nous servent de réveils :

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