13 – Dernière étape en Ethiopie

13 – Dernière étape en Ethiopie

Histoire de varier un peu (et parce que nous voulions éviter deux jours de bus de suite), la route vers Addis-Abeba se fait en voiture. A la dernière minute, Mule nous a trouvé cinq jeunes éthiopiens qui rentrent à Addis et qui peuvent partager leur véhicule avec nous. Nous constatons assez rapidement qu’il s’agit d’Ethiopiens aisés car : 1/ ils ont une voiture, 2/ils fument, 3/ils ont des smartphones avec lesquels ils écoutent de la musique américaine.

Ils ne sont pas très bavards, en revanche. En fait, ils ne nous adressent quasiment pas la parole. Le moment fort de ce jour et demi de route sera quand il a fallu esquiver les babouins sur une route de montagne. Clairement mal éduqués (les babouins), ils occupent toute la largeur de la route. A croire qu’ils se pensent chez eux dans cette montagne !

Babouins sur la route !

Le 27 septembre est un jour férié en Ethiopie. Les chrétiens célèbrent la découverte de la Vraie Croix par Ste Hélène au 4ème siècle. Le matin notre voiture passe par de nombreuses parades d’enfants qui chantent et dansent. L’après-midi, nous voyons des villageois qui transportent des poulets et des chèvres vers leur lieu de célébrations. Le soir nous passons dans des villes où tous le monde est habillé de blanc et se réunit autour d’un grand brasier. Le lendemain, nous passons devant quantités de peaux d’animaux en train de sécher. Même si nous étions un peu déçus de rater la fête à Lalibela, nous sommes quand même contents d’avoir pu en ressentir l’ambiance le long de la route.

A Addis-Abeba, nous trouvons un hôtel moins cher que la dernière fois et bien placé (près de La Gare), preuve de nos nets progrès comme touristes en Éthiopie. 😂 En marchant non loin, nous apercevons un bar coloré dans lequel de vieux messieurs bien habillés boivent des bières autour d’un grand espace carré recouvert de sable. Intrigués, nous rentrons. Ils nous repèrent vite. Les gens nous accueillent à grand coups de « Bonjour ! ». Oui oui, bonjour, dans la langue de Molière. Pas « Hello », « Faranji » ou « You ! » comme d’habitude. L’endroit s’appelle le « Club des cheminots ». Il date de la construction de La Gare. Les français sont partis, les trains ne passent plus, l’endroit a changé de place, mais les gens viennent toujours. Grâce à une bourse de l’Allliance Française, beaucoup d’entre eux parlent très bien français. Et le carré au centre du bar ? Vous n’avez pas deviné ? Un terrain de pétanque, bien sûr ! Nous jouons quelques parties avec eux, et autant vous dire que c’est sérieux. Ça discute les points et sort la règle pour mesurer à tout instant. On se croirait sur la place principale d’un village de Provence. Quelle charmante surprise d’avoir découvert ces éthiopiens qui font revivre ici un petit bout de France ! C’était agréable de passer un moment avec ces gens qui se passionnent pour la langue et la culture française.  

Le Club des cheminots

Le soir, nous trouvons que notre chambre d’hôtel a une odeur bizarre. Nous sommes sur le point d’éteindre la lumière quand nous comprenons : sur le plafond (en fait une toile tendue au-dessus des murs) nous voyons se déplacer des souris. 🐭🐁 On distingue même leurs petites pattes sur le tissu ! Ne voulant pas leur voler leur chambre, nous demandons à en changer et nous passons une bonne nuit. Ouf.

Ayant une journée à tuer avant de prendre le bus vers le Sud. Nous partons voir le Musée National d’Ethiopie. Dans les étages on voit des restes de différentes civilisations éthiopiennes, principalement des pots en terre et des cailloux. Intéressant si on est passionné de pots en terre et de cailloux, un peu rébarbatif sinon. L’attraction principale du musée se trouve au sous-sol, dans la partie préhistorique. On y voit des restes d’animaux disparus et des informations sur l’archéologie, mais surtout LA star de l’endroit : Lucy. On a tous déjà entendu ce nom, mais qui est-elle vraiment ? Elle n’est plus le plus vieux fossile humain jamais retrouvé (elle n’a que 3,2 millions d’année, depuis on a retrouvé des restes humains qui ont 7 millions d’années), elle n’est même pas de la même branche d’humains que nous (elle fait partie de l’espèce des australopithèques, disparus en cours de route). Bon, en fait c’est un peu comme pour La Joconde, quand on se retrouve devant on se demande pourquoi elle est aussi célèbre. Lucy s’intègre en réalité dans toute une série d’explications très intéressantes sur l’Evolution des espèces et les découvertes archéologiques en Afrique. Elle a notamment servi à montrer que la bipédie avait précédé l’accroissement du volume crânien. 👍

La voilà : Lucy!

Sur la route, les montagnes s’effacent et le paysage devient de plus en plus plat et sec. On se rapproche de la brousse. Le long de la route, nous voyons d’énormes termitières, qui sont parfois aussi hautes que les pylônes des lignes électriques. Certaines ont un peu la forme du doigt de Dieu dans la peinture de Michel-Ange « La création d’Adam ». Nous passons aussi devant des centaines de fermes horticoles. Vous vous êtes déjà demandé d’où viennent les fleurs qu’on achète ?  

Paysage sur la route

La première partie du voyage se fait dans un grand car confortable et nous mène à Awassa, ville au bord d’un lac où se rendent les riches éthiopiens pour passer leurs week-ends.

La première nuit était à Awassa.

Le lendemain, nous poursuivons la route dans des minibus. Il faudra changer deux fois, à Dilla et Hule Bora pour atteindre Yabelo, à deux-cent treize kilomètres avant la frontière.  Nous y arrivons vers 17h et constatons que l’offre hôtelière est très décevante. En plus, il ne nous reste que quarante-huit heures avant la fin de nos visas. Nous décidons donc de tenter notre chance et d’essayer de trouver un dernier bus qui nous amènerait à la ville-frontière, Moyale. C’est risqué car les bus s’arrêtent de rouler quand la nuit s’approche et la gare est assez loin des possibles hôtels.

Changement de bus à Dilla – “MUZI! MUZI! MUZI!”

Arrivés à la gare routière, il n’y a plus de bus, mais un groupe de gens sont quand même là en train d’attendre. L’un d’eux, prénommé Desta, nous explique attendre une voiture qui doit l’emmener à Moyale, et nous propose de nous joindre à lui. C’est un miracle !

Enfin pas tout à fait, comme souvent en Ethiopie. En réalité, après de longues minutes d’attente, il nous annonce que la voiture prévue ne viendra pas. Plein de ressources (assez pour trois personnes), et toujours un large sourire aux lèvres, il propose d’aller au bord de la grande route (là où les hôtels se trouvent) et d’arrêter un camion qui pourra nous prendre. Nous nous disons qu’il n’y a rien à perdre, au pire nous pourrons aller à l’hôtel. Desta le fait souvent apparemment, il traverse la frontière pour acheter du matériel électronique qu’il revend en Ethiopie. Il a l’habitude de se faire prendre en stop par des camions. Nous suivons donc et, effectivement, il trouve rapidement un camion transportant des sacs de maïs qui se rend à la frontière et peut nous prendre avec lui (pour le même prix qu’un bus aurait demandé). Super, nous allons atteindre la frontière dès aujourd’hui, c’est un miracle !

Desta et notre camion de maïs

Enfin pas tout à fait. Voyant des nuages menaçants à l’horizon, les chauffeurs du camion décident de s’arrêter pour mettre une bâche pour protéger les sacs. Ils constatent ensuite que ce temps perdu ne leur permettra pas d’arrive au checkpoint marquant l’entrée de Moyale avant qu’il ne ferme. Desta décide de s’arrêter avant pour rester dans un « hôtel ». L’idée de dormir dans une mauvaise auberge avec de probables punaises de lit ne nous tentait pas trop. D’après Desta, il n’y a pas d’endroit plus sûr en Ethiopie que le checkpoint puisque la place est remplie de policiers et militaires. Nous décidons d’y planter notre tente. Nous choisissons cette sécurité et celle des autorités locales plutôt que l’hôtel miteux (et devoir reprendre le bus le lendemain).

Nous arrivons au checkpoint, il fait nuit noire. Personne. Seule une barrière fermée bloque l’accès à Moyale. Nous descendons du camion pour essayer d’aller trouver des représentants de la force publique (nous n’allions pas planter notre tente sans eux !) Soudain, dans l’obscurité apparaissent un officier de police et son fusil-mitrailleur. Il a vu que nous étions touristes et vient demander aux chauffeurs du camion ce que nous faisons là. Il nous dit que l’endroit est dangereux et nous indique de nous installer sous une tour de guet, où lui et ses hommes montent la garde. Nous constatons alors qu’il y a une dizaine d’autres policiers en armes cachés dans des fosses dans le sol autour de nous. Il nous installe gentiment une paillasse par terre et nous y passons la nuit à la belle étoile, sous bonne garde.

Le lendemain, les policiers ouvrent la barrière et demandent au premier camion qui passe de nous conduire en ville, pour éviter d’attendre des heures que le camion de blé soit fouillé. Un petit-déjeuner bienvenu plus tard, nous franchissons à pied les derniers mètres qui nous séparent du Kenya. C’est fini pour ce premier mois de voyage et pour l’Ethiopie. Des souvenirs pleins la tête, nous abordons la deuxième étape de ce périple : le Kenya !

2 Replies to “13 – Dernière étape en Ethiopie”

  1. Vous osez beaucoup de choses!!!! la voiture au lieu d’attendre le bus, le camion, les policiers (heureusement plutôt ouverts et non méfiants), la nuit dehors sous bonne garde (tant mieux)…. quelle fin d’aventure de l’Ethiopie!!! dingue!! que de souvenirs!! 🙂

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