12 – Lalibela: gravée dans la roche

12 – Lalibela: gravée dans la roche

Nous posons nos sacs au Red Rock Hotel à Lalibela. C’est un bon hôtel, touristique et un peu cher. Mais, comme souvent, en nous rendant directement sur place sans réservation, nous négocions une bonne ristourne (et vérifions qu’ils ont l’eau chaude et l’électricité). Ce sera 600 birrs (18€) à la place des 35$ demandés initialement.

Des peitis chats prennent le soleil sous notre chambre d’hôtel 🐈🐱

Nous prenons un café gratuit à côté de la réception quand nous sommes abordés par un guide touristique, prénommé Mule (prononcer « moulé »). Il parle très bien anglais, un peu trop même. Quand il commence, impossible de l’arrêter ! Il souhaite nous faire visiter les églises de Lalibela (la principale attraction de la ville) et nous propose un prix réduit. Il affirme nous faire une ristourne car, étant arrivés en bus et ayant négocié le prix de l’hôtel, il a bien compris que nous étions des touristes un peu différents. La flatterie marche et nous acceptons son offre. En plus, il a l’air de bonne compagnie et il dit des trucs mignons du genre: « partager ça rend heureux ».

Vue de Lalibela

Nous partons sur le champ pour la visite. Le prix d’entrée au site est assez élevé (50$), mais il donne accès à une nouvelle merveille de l’Éthiopie. Comme à Tigray, les églises ici ont été creusées dans la roche (voir article n°8). Mais cette fois, pas de haute montagne à grimper : Il faut descendre sous le sol. Onze églises de tailles variables sont recensées ici, toutes directement sculptées dans la roche volcanique environnante (scories basaltiques, pour les géologues fous). Les églises sont reliées entre elles par un important réseau de tunnels, escaliers et tranchées à travers lesquels Mule nous guide pendant un après-midi et une matinée.

L’ensemble a été construit entre le 11ème et le 12ème siècle par le Roi Lalibela. Lalibela signifie « le mangeur de miel ». Quand le roi était enfant, il se retrouvera encerclé par un essaim d’abeilles sans se faire piquer. Sa mère y vit un signe divin qu’il deviendrait un roi puissant. Il souhaitait construire une nouvelle Jérusalem dans laquelle son peuple pourrait se rendre en pèlerinage.

Le groupe d’église au Nord représente la Jérusalem terrestre, et certains noms reprennent des lieux de l’originale (Golgotha, le mont du Calvaire…) quand le groupe Sud représente la Jérusalem céleste (le tunnel du Jugement dernier, des églises nommées d’après les anges…). La légende raconte que toutes les églises ont été construites en vingt-trois ans par le roi lui-même accompagné de quelques ouvriers. En effet, il était aidé la nuit par des anges qui venaient compléter ce qu’il avait pu réaliser lui-même. Astuce à retenir pour ceux qui veulent reconstruire Notre-Dame en cinq ans…

Tout ici est symbole : ici quatre piliers représentent les évangélistes, là sept marches nous rappellent les Sacrements, ailleurs trois fenêtres illustrent Jésus et les deux voleurs en croix.

Sept marches pour sept sacrements.

Nous ne sommes pas les seuls à visiter. Partout, les nuées de pèlerins en toge blanche viennent se recueillir et prier. Dans chaque église, un prêtre garde les lieux et bénît les croyants de sa croix dorée.

La reconnaissance du site au patrimoine mondial de l’Unesco s’est accompagnée de financement pour aider à sa préservation (plusieurs églises ont fait les frais de l’érosion causée par la pluie). Ont donc été construits de grands toits en plastique soutenus par des hauts piliers métalliques au-dessus de la plupart des grands bâtiments. Cet échafaudage moderne gâche un peu certains sites. Selon notre guide, un nouveau projet doit voir le jour pour améliorer cela.

Voici un petit résumé des églises que l’on a vu :

Bet Medhane Alem (Maison du Sauveur du Monde), la plus grande des églises de Lalibela. Mesurant trente-trois mètres de long pour vingt-trois de large et onze de haut, on dirait un grand temple grec qui aurait été libéré de la roche autour. A l’intérieur, le plafond est maintenu par d’énorme piliers. Au fond de l’église, trois tombes vides attendent symboliquement Abraham, Isaac et Jacob.

Bet Medhane Alem vue de haut
Bet Medhane Alem vue d’en bas

Bet Maryam (la maison de Marie) est probablement la plus ancienne des églises. Plus petite, elle ressemble à une grosse maison avec un porche d’entrée en pierre marron. Sur le mur arrière se trouvent une série des petites fenêtres. La ligne de trois en haut désigne la Trinité. L’autre ligne de trois représente Jésus et les deux voleurs en croix. Celui de droite est sauvé et va au Ciel (fenêtre au-dessus de lui). Celui de gauche part faire un tour en Enfer (fenêtre en dessous).

Alors, vous trouvez ce que représente chaque fenêtre ?

A ses côtés se trouvent Bet Meskel et Bet Danaghel, deux chapelles creusées dans les flancs de la montagne comme des grottes. Bet Danaghel (la maison des vierges martyres) est dédiée, vous l’aurez deviné, aux vierges. Ça peut sembler sympa, mais à l’extérieur dans la cour se trouve un bassin sensé guérir les femmes infertiles. Pour cela elles doivent payer un tribut à l’Eglise et être plongées dedans trois fois attachées à des cordes. Atroce.

Le bassin 😲

On accède par un petit tunnel à Bet Mikael, petit bâtiment tout en hauteur orné de croix sculptées de différents pays : croix de Malte, croix grecque et croix lalibeloise (lalibeliste ? lalibelaise ? lalibellule ?).

La croix de Lalibela

Bet Giorgis, la plus connue des églises de Lalibela, est une haute structure en forme de croix creusée dans un trou de quinze mètres de profondeur. Le toit atteint quasiment le niveau du sol.  Construite il y a sept cents ans, c’est la plus aboutie des églises. D’abord comme les autres elle est sculptée dans un seul bloc de rocher. Ensuite parce qu’à son sommet un ingénieux système de gouttières lui épargne les dégâts du temps et de l’eau. Enfin, malgré sa position souterraine, à l’intérieur la lumière tombe depuis les petites fenêtres pour éclairer ses sculptures.

Bet Giorgis vue du dessus

Bet Merkorios, qui reste à moitié intégrée à la montagne, est atteinte en passant dans un long tunnel de 35 mètres entièrement plongé dans le noir. Cette traversée, qui doit se faire à l’aveugle en gardant toujours une main contre la paroi pour se guider, est sensée donner un aperçu assez angoissant du chemin vers le Paradis ou l’Enfer (c’est très réussi).

Bet Amanuel, enfin, est une nouvelle grande structure rectangulaire. On l’atteint par le haut via des galeries et escaliers creusés dans la roche. Un prêtre reste assis devant la porte, plongé dans ses lectures et profitant du soleil.  

Tout cela forme un endroit exceptionnel où, aide céleste ou pas, on ne peut qu’être impressionné par la précision de la réalisation. A mi-chemin entre génie d’architecture et chef d’œuvre sculptural, Lalibela est un nouveau joyau que nous dévoile l’Ethiopie. Difficile de réaliser que tout cela a été réalisé à la main !

Mais, le temps file et les dates d’expiration de nos visas nous rappellent à des pensées plus terre-à-terre. Il est temps de filer plein Sud vers Addis-Abeba, que nous dépasseront ensuite pour atteindre la frontière avec le Kenya.

One Reply to “12 – Lalibela: gravée dans la roche”

  1. Chers enfants
    Nous sommes ravis de voir vos nouvelles aventures et constatons que vous vivez de riches expériences. Nous constatons que vos trajets en bus sont un peu chaotiques ! vos trajets en bus nous confirment que nos routes et transports en communs sont en très bon état d’entretien par rapport à ce que vous vivez.

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