10 – La tête dans les nuages

10 – La tête dans les nuages

Après Aksoum et son histoire millénaire, nous continuons notre boucle touristique vers l’Ouest pour rejoindre les monts Simien. Culminants à plus de 4000 mètres d’altitude, ils sont le véritable toit de l’Ethiopie. Le point d’entrée de ce parc national est la petite ville montagnarde de Debark. Seulement, la route est longue pour s’y rendre : le seul bus direct part de Shire, ville située à 70 km à l’Ouest d’Aksoum, à 6h du matin chaque jour. Nous nous préparons donc à deux jours de voyage.

Seulement, le « hasard » faisant bien les choses, un guide touristique passe dans notre hôtel. Il nous propose de nous emmener à Shire en voiture avant 6h pour que nous puissions faire le trajet jusqu’à Debark en une journée. Il nous réserve même des billets, ce qui n’est pas possible en théorie. C’est plus cher bien entendu (9 euros de plus pour nous deux), mais nous acceptons l’offre. Nous nous retrouvons donc dans le bus à 6h le lendemain matin. Seuls, car il nous a fait entrer avant les autres passagers. C’est là que nous comprenons le véritable service qu’il nous a rendu. Quand ils ne vendent pas de billets en avance, les éthiopiens suivent la règle du « chacun pour soi ». Les portes de la gare routière s’ouvrent, et nous voyons fondre sur le bus une foule immense de gens qui courent et se bousculent. C’est la cohue pour obtenir un siège. Les plus chanceux obtiennent un siège (parfois un demi-siège), les moins chanceux finissent sur un tabouret dans l’allée centrale. Pour les autres, il faudra réessayer demain. Sans ce guide providentiel, nous serions probablement toujours à Shire, ou peut-être écrasés par la foule. 

Notre bus, lors d’un des nombreux contrôles de police

Nous pensons donc avoir évité le plus dur, confortablement installés sur nos sièges. La bonne blague ! Alors que la route s’élève dans la montagne, le goudron laisse place à une piste en terre à peine entretenue. Parfois, un rocher fait sauter le vieux car et le déséquilibre, quand il ne doit pas pousser de toute ses forces pour franchir les lacets boueux. Nous sommes si proches du précipice sur cette route étroite qu’on ne voit même pas le bord de la route par la fenêtre. C’est assez effrayant. Pour ne rien arranger, un énorme orage s’est déclenché, créant des violentes cascades qui coulent le long de la falaise et sur la route. La vue est spectaculaire, mais il faudra nous croire sur parole car nous n’osons pas décramponner nos mains des sièges devant nous pour prendre des photos. Il semble qu’à tout moment le bus peut basculer et terminer sa course quelques centaines de mètres plus bas. Derrière nous, un homme se met à prier. Rassurant. Dans nos têtes, les questions s’enchaînent : si le bus bascule, est-ce qu’il vaut mieux être côté vide ou côté montagne ? Il faut se jeter au sol, ou s’accrocher aux barres dans l’allée centrale ? Il vaut mieux avoir les muscles tendus ou bien rester relâché ? Est-ce que les arbres peuvent ralentir la chute ? Quel sera le titre de l’article dans les journaux ? Autant d’interrogations qui resteront heureusement sans réponses. Le vieux car parvient à traîner sa carcasse jusqu’au sommet. Debark, enfin !

L’intérieur du bus, à moitié vide quand il s’est arrêté pour un problème mécanique. Vous remarquerez la déco foot.

Nous trouvons un bon hôtel pour nous remettre de nos émotions. C’est le plus cher depuis le début de notre voyage (30 euros/nuit), mais honnêtement nous en avons besoin. Une fois reposés, nous passons à l’étape suivante : organiser notre trek dans les Monts Simien.

Nous prenons le minimum obligatoire : à savoir un scout pour nous protéger, plus le droit d’entrer et camper. Pour tout ça, les prix sont raisonnables (1200 birrs pour deux jours, environ 37 euros). Mais, parce qu’il y a souvent un mais quand les prix sont bas pour les activités touristiques ici, c’était sans compter sur les transports. Le parc des Monts Simien se trouve à 22 km de Debark, et il n’y a qu’un seul réel chemin de trek. Si on veut avoir le temps d’arriver aux choses intéressantes et ne pas passer deux fois au même endroit, il vaut mieux prévoir des transports en voiture pour l’aller et le retour. Et ça, les responsables du parc l’ont très bien saisi. Ils se sont organisés en une sorte de mafia et demandent aux faranjis (étrangers) des prix exorbitants pour ces trajets. Nous prospectons, nous étudions, nous nous renseignons et aboutissons à une solution : ce sera bajaj jusqu’à l’entrée du parc (ce qui est théoriquement interdit, mais nous nous gardons bien de faire connaître nos plans aux autorités du parc) et voiture au retour.

Le matin du départ, nous retrouvons notre scout devant l’hôtel. Il s’appelle Fenta et porte un équipement très sommaire : en plus de son arme (qui servira à reposer ses bras), il emporte un parapluie coloré (sui servira de tente), et une couverture dans un petit sac de toile. Il est chaussé de petites sandales en plastique fabriquées en Chine, comme presque tous les éthiopiens. A côté, nous semblons bien balourds avec nos gros sacs et chaussures de randonnée. Nous sommes un peu inquiets de sa réaction à la vue du tuk-tuk. Mais entre le règlement officiel du parc et l’idée d’éviter 22 km à pieds de montée, la raison l’emporte sur le devoir civique et nous embarquons. Arrivés à la porte, le garde a une mine sévère. Mais nous gardons nos visages de touristes ignorants et il nous laisse entrer sans rien dire.

C’est parti pour un peu moins de 5h de marche (en comptant les pauses) jusqu’au lieu de camp appelé Sankaber. Le chemin s’élève rapidement. La montée est rendue difficile par le manque d’oxygène (nous sommes à 3200 mètres d’altitude). Nous nous accrochons et parvenons à suivre le rythme de Fenta.

Le profil de la montée vers Sankaber
Le profil ressenti

Le temps est très changeant, il passe de beau à pluvieux à mesure que nous traversons les nombreux nuages qui s’accumulent contre les montagnes. Il nous mène vers différents points de vue sur la route, mais les paysages spectaculaires sont parfois remplacés par un épais brouillard blanc. Quand la vue se dégage, les paysages de montagne sont effectivement superbes.

Nous suivons Fenta.

Nous voyons aussi de nombreux oiseaux et plantes de toutes les couleurs (y compris beaucoup d’adey abeba). Le parc abrite également les babouins geladas, qui ont la particularité d’avoir de longs poils. Malheureusement nous ne les apercevrons que de loin.

Nous arrivons au camp vers 14h, ce qui nous laisse du temps pour nous reposer, monter la tente et cuisiner un repas chaud bienvenu. Au menu : riz, thon et légumes (que nous avions découpés à l’hôtel avant de partir et conservés dans de l’eau). Arnaud se fera aussi un thé avec des herbes ramassées sur place, qui sont sensées rendre content (ça ressemble à du thym).

Fenta passera la nuit dehors. Nous tâchons de l’en dissuader, mais visiblement il doit rester nous protéger d’éventuels tigres (son vocabulaire anglais d’animaux dangereux est un peu limité). Avec ce vent et cette pluie, ça paraît complètement fou, mais soit. Nous nous demandons comment il fait quand les gens réservent plusieurs nuits !

Un tigre ?

Le lendemain, le temps n’a pas changé. Nous marchons jusqu’à une jolie cascade non loin. Enfin, si l’on en croit Fenta car elle est cachée par un grand nuage. Nous restons un moment à attendre qu’il disparaisse, en nous occupant comme nous pouvons.

Le réchaud nous permet de faire du chocolat chaud, du café et chauffer notre déjeuner.

Après une heure trente à patienter, il se met à pleuvoir alors nous abandonnons et décidons d’appeler la voiture pour rentrer à Debark.   

Des vendeurs de chapeaux, ils restent à côté alors que nous attendons la voiture

Nous sommes très satisfaits de nos deux jours dans ces spectaculaires montagnes.

La route du retour.

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