9 – Les gardiens de l’Arche perdue

9 – Les gardiens de l’Arche perdue

La légende en Ethiopie prétend que la Reine de Saba est originaire d’Aksoum et qu’elle se serait rendue à Jérusalem pour recevoir les enseignements du roi Salomon. Ce n’est pas tout ce qu’elle y a fait apparemment, puisqu’elle elle a découvert en rentrant qu’elle était enceinte du roi et a donné naissance à son fils Menelik. Quand l’enfant eu 20 ans, il s’y rendit également pour rencontrer son père. A son retour à Aksoum, il rapportait avec lui l’Arche d’Alliance (le coffre de bois recouvert de dorures qui contient les tablettes des 10 Commandements remises à Moïse par Dieu). Les Ethiopiens affirment qu’il y est toujours.

Représentation de la recontre entre la Reine de Saba et le Roi Salomon

Cette petite introduction vous donne une idée de l’importance d’Aksoum pour les éthiopiens. Maintenant, retour à notre voyage.

Pour se rendre à Aksoum, nous devons repartir à Hawzien par bajaj et prendre trois de minibus (en changeant à Adigrat et Adwa, pour les amateurs de détails). La route montagneuse offre de jolies vues sur les vallées aux alentours. Nous commençons à y être habitués, mais c’est toujours agréable. Plusieurs fois pendant le trajet, un enfant collecte de l’argent dans un sac plastique auprès des passagers. Il ne semble pas nous en demander, donc nous observons la scène sans oser rien faire (peut-être un pourboire ?). Nous comprenons bientôt pourquoi : à trois reprises, avant un col, il jette le sac par la fenêtre aux pieds d’un prêtre qui attend là.

Le sac devait être assez rempli, la route se passe sans encombre et nous arrivons à Aksoum en fin de journée. Le soir, nous nous rendons dans un restaurant traditionnel pour manger une injera (évidemment !). Il y a une scène sur laquelle se produisent des danseurs éthiopiens, ils effectuent des danses typiques des différentes régions du pays. C’est très rythmé, plaisant à regarder. De temps en temps, des hommes montent sur scène pour glisser un billet dans la chemise ou la robe de leur danseur ou danseuse préféré. Nous nous attendions à voir la salle envahie par des touristes étrangers, mais la foule est quasi exclusivement locale. Nous comptons deux blancs au total. L’un d’eux, français, est assis juste à côté de nous.

Le restaurant Antika, où a lieu le spectacle

Il nous apprend qu’en ce moment a lieu tous les matins le Mehelela, il faut se lever très tôt mais ça vaut le coup. Il s’agit d’une procession pendant laquelle est transportée une réplique de l’Arche pour demander le pardon divin. Ce se passe tous les 7 premiers jours de chaque mois. En réalité nous avions déjà vu passer l’information, mais comme nous étions le 16 Septembre nous pensions l’avoir ratée. Mais nous n’avions pas compté avec les éthiopiens et leur calendrier différent, oups. Intéressés par l’idée nous réglons le réveil sur 4h30 (heure occidentale).

Le lendemain, après une brève hésitation (on va vraiment se lever ?), nous nous dirigeons vers le lieu indiqué la veille, guidés par l’appel à la prière diffusé dans des haut-parleurs. Là, devant les églises, se trouve un grand arbre au centre d’une place pavée. Autour, une grande foule se rassemble. Toutes les têtes et épaules sont drapées d’un grand voile blanc. De chacun de ces voiles sort une main tenant une bougie. Nous n’avons pas de voiles, mais on nous donne tout de même des bougies. Vers 5h, une procession de prêtres émerge des portes de l’église. L’un d’entre eux tient au-dessus de sa tête une grande boîte en bois ornée de dorures sur laquelle est posé un drap sombre brodé d‘or. C’est l’Arche d’Alliance (enfin une réplique, le vrai n’étant pas accessible au commun des mortels). Les prêtres autour, en tenues de cérémonie, tiennent des parapluies richement décorés qu’ils tiennent au-dessus de sa tête et de l’Arche. Ils vont jusqu’au centre de la place, où se trouve un petit enclos rond décoré de guirlandes brillantes comme pour un sapin de Noël. S’en suit une courte messe, puis commence une grande procession chantante à travers les rues alentour. Nous suivons, et constatons que les voix autour de nous sont assez graves. Nous réalisons alors que les hommes et les femmes marchent séparés. Nous restons entre les deux groupes, non loin de l’Arche. Nous sommes silencieux dans cette foule, touchés d’assister à ce moment solennel et émus de constater que nous nous trouvons au milieu de gens dont la culture est très éloignée de la nôtre mais qui partagent la même Foi, même si nous ne la célébrons pas de la même façon. Nous marchons encore quelques minutes puis retournons nous coucher.

La cérémonie Mehelela
La procession chantante dans les rues

Nous nous réveillons une seconde fois quelques heures plus tard, et partons explorer la ville. Nous retournons sur la place où nous étions un peu plus tôt, de jour cette fois-ci. A côté se trouve le complexe d’églises d’Aksoum, qui regroupe trois édifices : l’ancienne église Ste Marie de Sion (réservée aux hommes), la chapelle de l’Arche d’alliance (où se trouve l’objet, et où seul peut entrer le gardien de l’Arche) et la nouvelle église Ste Marie de Sion (ouverte aux hommes et aux femmes). Les deux premières sont de petites bâtisses anciennes, quand la troisième est une grande église moderne. Nous restons quelques instants entre ces trois bâtiments, à observer les gens qui viennent se recueillir, prier ou embrasser les pierres. Nous nous sentons apaisés dans cet endroit très silencieux, où nous n’entendons que le gazouillement des oiseaux qui volent entre les arbres.

Le parc et l’entrée du complexe d’églises

Ensuite, nous marchons un peu pour aller voir l’un des sites classés à l’Unesco de la ville : les grands obélisques en granit d’Aksoum. Ces immenses piliers monolithiques sont âgés de 1700 ans. Ils sont le vestige de la puissance et la richesse de l’antique Empire Aksoumite (qui a contrôlé le détroit entre Afrique et Asie pendant des centaines d’années).

Les obélisques, classés auprès de l’UNESCO

Ces chefs d’œuvres uniques ont été creusés dans une carrière située à quatre kilomètres de là, puis emmenés jusqu’au centre d’Aksoum. Certains pesaient jusqu’à 520 tonnes ! L’un d’entre eux se trouve allongé au sol et brisé en plusieurs morceaux. Les archéologues pensent qu’il serait tombé au moment de son érection. Il aurait été le plus grand obélisque au monde (33 mètres de haut). Le plus haut sur la place mesure tout de même 24 mètres, mais le record reste en Egypte, dommage.

L’obélisque brisé, qui aurait été le plus grand du monde

Après ces découvertes historiques, nous nous rendons au marché de la ville pour faire le plein de provisions avant la prochaine étape de notre voyage (les monts Simien). Les vendeurs ont des balances à poids qui nous aident à estimer la quantité et le prix des produits (même s’il faut négocier après, bien entendu). Nous en sortons avec un rouleau de papier toilette, des oranges, des carottes, des oignons, du riz, du beurre de cacahuètes et des conserves de tomates, thon et ananas.

Nous retournons à l’hôtel, où la nuit sera (encore) courte. Demain nous reprenons la route.

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