8 – Les églises rupestres de Tigray

8 – Les églises rupestres de Tigray

Quelques heures de route plus tard, nous arrivons à Hawzien. Cette petite ville (il y a deux grandes rues et des maisons qui gravitent autour) est le point d’entrée du site des églises du Tigray. Il y a environ 120 églises dans la région, qui ont pour particularité d’avoir été creusées dans la roche des montagnes. Elles ont été construites entre le IXème et le XVème siècle, probablement pour se cacher des envahisseurs musulmans, d’après les historiens.

Après deux nuits dans une auberge à Hawzien, nous décidons d’aller camper à proximité des sites pour pouvoir y accéder facilement.

Heather raccord avec les couleurs de l’auberge
Notre meilleur repas à Hawzien. Une sorte de curry aux pois chiches avec du pain à la place de l’injera habituelle.

Nous contactons un lodge dans le coin pour savoir si nous pouvons planter notre tente sur leur propriété. Ils nous répondent que ce n’est malheureusement plus possible. Nous décidons que nous camperons à proximité. Moyennant un déjeuner prit là-bas ils acceptent de garder nos sacs pour la journée et la nuit.

Un coup de bajaj et une courte marche plus tard, nous voilà au lodge devant un repas « à l’occidentale ». Entrée, plat et, surtout, dessert ! La cuisine éthiopienne est bonne, mais elle manque cruellement de desserts. Nous pensons même qu’ils sont inexistants, quand nous en demandons au restaurant on nous propose généralement un thé sucré…

Rassasiés, nous laissons nos sacs et partons vers deux églises proches : Maryam Korkor et Daniel Korkor. D’après nos recherches ce sont deux des plus intéressantes. En plus notre guide de voyage ne mentionne pas de difficultés d’accès particulières, contrairement à d’autres qui semblent demander un niveau élevé en escalade (nous y reviendrons).

Nous trouvons facilement le petit chemin qui part de la route, et commençons notre marche vers la montagne. Les paysages autour sont magnifiques. Les montagnes s’élèvent devant nous, comme si elles avaient été peintes en arrière plan. Devant nous, des champs très verts en cette fin de saison des pluies, prêts pour la récolte. Nous traversons de petites exploitations de tef, blé et maïs. Sur le chemin, des jeunes enfants emmènent un troupeau de chèvres vers un point d’eau. Les oiseaux sont magnifiques, de toutes les couleurs et tailles imaginables. G’ma aurait adoré. Le chemin s’élève tranquillement, rien de difficile pour le moment, comme prévu.

Le chemin vers les montagnes

Après 30 minutes de marche, nous arrivons à un arbre sous lequel une femme vend les tickets d’accès aux églises. Nous nous acquittons des 300 birrs demandés (environs 9€). A ses côtés, deux hommes. Ils nous expliquent être des scouts, comprendre des gardes qui pourront assurer notre protection moyennant finance. Dans la région, tout le monde se prétend guide pour emmener les touristes vers les églises (mêmes faciles à trouver) et prélever un pourboire au passage. Décidés à ne pas passer pour les touristes ignorants que nous sommes, nous refusons l’offre et partons. En plus, sur le téléphone, le GPS indique que les églises sont vraiment proches.

Un peu plus loin, l’un d’eux nous rattrape. Il insiste : parfois les locaux sont agressifs avec les touristes, il faut une protection. Le prix est devenu abordable (150 birrs), et nous nous disons qu’il peut au moins nous éviter d’être poursuivi par des hordes de gamins. Nous finissons donc par accepter. Nous ne le savons pas encore, mais cela va s’avérer la meilleure décision de la journée. En plus il s’appelle Abraham, c’est tout à fait dans le thème de la journée.

Rapidement, la pente devient plus raide et notre pas s’accélère avec Abraham. Le chemin s’apparente plus à un escalier de rochers coincés entre deux pans de montagnes verticaux. Tiens, pas trop ce à quoi nous nous attendions. La montée est fatigante, mais nous y arrivons sans trop de difficultés.

Finalement, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose que nous ne mangions pas de desserts…

Arrivés en haut, nous faisons une pause dans une petite grotte. Ce serait décevant si c’était une des églises. Non, il faut monter encore, indique Abraham. Monter ? Mais par où ?

La grotte, avec le reste de la montagne à grimper

Il pointe alors un minuscule goulot d’étranglement entre deux rochers, difficile à repérer sans connaître les lieux. Nous montons donc les quelques mètres. Mais ensuite, le chemin disparaît complètement ! Nous sommes face à un véritable mur d’escalade. Le passage des pèlerins a creusé dans la roche des prises, mais la pierre est parfois glissante. Notre scout nous aide quand c’est nécessaire. Nous suivons ensuite notre guide dans un passage à flanc de montagne. Là, le chemin n’est qu’un lointain souvenir. Encore quelques portions d’escalade, en essayant de ne pas trop regarder en bas et en restant concentrés sur nos pieds plutôt que sur la peur du vide en dessous. Une heure trente après notre départ nous arrivons au sommet, fatigués, et avec l’envie de reconsidérer nos sources d’informations pour les prochaines visites.

C’est bien le chemin, vous pouvez voir les prises pour les pieds.

Là, nous apercevons la première église, Maryam Korkor. C’est une maison blanche adossée à la colline. Nous repensons au chemin du début et à la carte que nous suivions. En effet, l’église était toute proche… 500 mètres au-dessus de nos têtes ! L’extérieur est assez mignon. A côté, quelques tombes colorées décorent le jardin qui l’entoure. Le prêtre attend à l’extérieur. Il porte une longue robe indigo et un turban blanc sur la tête. Dans sa main, il tient une grande croix dorée. Sans un mot, il nous invite à entrer. Abraham nous rattrape au dernier moment pour nous dire qu’il faut se déchausser. Connaît-il seulement l’odeur de nos pieds ? 

Maryam Korkor
Nous devant Maryam korkor

A l’intérieur, il fait frais. Nous restons bouche bée devant cette petite salle intégralement creusée dans le rocher de la montagne. Elle doit faire environ 15 mètres de longueur, pour 8 de large et 5 de haut. Plusieurs piliers taillés dans la roche soutiennent le plafond. Les murs sont ornés de peintures rupestres âgées de plusieurs siècles. Nous restons un long moment à admirer cet endroit inattendu.

Un peu plus loin, Abraham nous conduit à l’autre église de cette montagne : Daniel Korkor. Nous empruntons un chemin au bord d’une falaise à 500 mètres de hauteur. La vue est à couper le souffle. On aperçoit les montagnes et les champs à des kilomètres.

Arnaud au bord du vide, à quelques mètres de Daniel Korkor
😮

Et là, à deux mètres à peine du bord de ce précipice, il nous ouvre une minuscule porte en bois dans la montagne. Nous nous déchaussons encore. Nous nous accroupissons pour rentrer dans l’église. Car s’en est bien une. Celle-ci a été creusée directement dans la montagne.

L’entrée de Daniel Korkor. On voit le haut-parleur par lequel le prêtre partage sa prière tous les jours.

Le temps que nos yeux s’habituent au changement de luminosité, nous nous trouvons dans une petite salle carrée, ornée de superbes peintures anciennes. Elles représentent divers saints, des scènes de la Bible (St Jean-Baptiste, Marie et l’enfant Jésus), et les quatre évangélistes. Nous restons sans voix. Penser que ces gens sont allés jusqu’au sommet de cette montagne, pour creuser la roche et pouvoir exercer leur Foi dans cet endroit si reculé, est très émouvant. C’est extraordinaire, quel travail de titans ! Le simple fait que les gens continuent de faire l’effort de monter jusqu’ici pour prier est difficile à concevoir.

Abraham admire la vue

Nous ressortons pour entamer le chemin du retour. Entre les deux églises se trouve une petite ferme. Il y a même deux vaches. C’est d’ailleurs probablement le plus grand mystère de la journée : comment sont-elles arrivées là ?

La descente. Remarquez bien comme les gens ont l’air petits tout en bas, ça donne une idée de la hauteur!

La descente est plus rapide, mais les pierres sont parfois glissantes donc nous restons prudents. Nous rentrons au lodge prendre une bière bien fraîche avant d’aller monter la tente. Nous commençons à nous installer près de la route. Mais nous sommes vite entourés par plusieurs personnes, qui tournent autour de nous en discutant entre eux. Certains viennent nous dire que l’endroit n’est pas sûr et que nous devrions leur donner un peu d‘argent pour qu’ils veillent sur nous. Toujours ce souci de la protection…

Nous choisissons de bouger notre tente à côté de l’entrée du lodge, dont les gardes veillent toute la nuit. La nuit sera finalement assez calme, même si un peu courte. Nous nous réveillons à l’aube, pour pouvoir ranger tôt notre tente et parce que nous sommes hésitants sur le programme de la journée. Il reste une église intéressante à visiter : Abuna Yemata Guh. Après un peu de lecture sur le sujet, nous choisissons de ne pas aller la voir. L’accès semble très difficile, et surtout l’entrée est réservée aux hommes. Dommage de faire une grosse excursion, une escalade risquée pour finalement devoir laisser la moitié de notre couple à l’entrée. Si vous souhaitez tout de même voir à quoi cela ressemble, voici un petit reportage de la BBC : https://www.youtube.com/watch?v=r1QXpmv-y2E

Un bien meilleur coin pour camper que la dernière fois!

 Nous optons pour la poursuite de notre voyage, vers le Nord et Aksoum. 

2 Replies to “8 – Les églises rupestres de Tigray”

  1. Je suis vraiment impressionnée par ces églises!!! c’est incroyable d’avoir fait cela, à même la roche, si haut et si difficile d’accès!!! J’ai aussi beaucoup aimé la vidéo sur la dernière église. Ce prêtre m’impressionne énormément et ses paroles sont belles!! En effet, cela aurait été difficile pour vous de faire un tel trajet dangereux. Quand on voit le prêtre à côté de l’entrée de l’église avec la caméra qui recule J’ai été juste impressionné et horrifié par la hauteur et le chemin si étroit!

    Vous vivez de magnifiques aventures!!

  2. chers enfants,
    j’ai aussi été très impressionnée par toutes ces églises creusées dans la roche. on ne se rend pas compte de la chance que nous avons d’avoir autant de facilités pour aller se recueillir dans des églises.
    on voit donc que dans certains pays vivre sa foi est un parcours du combattant
    je suis très contente d’avoir de vos nouvelles et de vivre un peu avec vous ce voyage au fur et à mesure de vos histoires, cela nous change de nos quotidiens et de nos clients qui râlent toujours.

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