6 – Cendres, roche et lave

6 – Cendres, roche et lave

Sur la route goudronnée, le bang d’un pneu qui éclate nous fait sursauter. Probablement la chaleur. Il est rapidement changé par notre conducteur aguerri.

En pleine observation du changement de pneu

De larges containers en acier sont régulièrement disposés en bordure de route. Les communautés qui vivent dans cette région isolée, principalement des musulmans polygames selon le guide, dépendent largement de l’aide du gouvernement et sont ravitaillées en eau, graines ou essence. Imaginez devoir attendre le bon vouloir des aides gouvernementales pour survivre !

La voiture emprunte ensuite une piste de terre. Le gouvernement est en train de faire construire une nouvelle route pour relier plus facilement les sites touristiques, mais elle ne sera pas prête avant quelques années. La construction a été confiée à une entreprise chinoise. Nous apercevons des camps de travailleurs. Notre chauffeur nous indique que, pour éviter un monopole du géant asiatique, le gouvernement impose aux ouvriers chinois et éthiopiens de travailler ensemble sur ce projet. De manière générale, les chinois sont très présents en Ethiopie. Ils financent et réalisent beaucoup de grands projets d’infrastructure.

Après la terre, nous passons par de vastes étendues plates d’un désert de sable. Les chauffeurs s’amusent à faire glisser leurs pneus à toute vitesse sur le sable fin. Ils en profitent, car la suite est une piste extrêmement cahoteuse pour monter les flancs du volcan (à ce niveau-là, on ne peut plus parler de route). Nous gardons nos ceintures de sécurité bien serrées pour rester sur nos sièges. Anecdote amusante : les soubresauts ont conduit la montre connectée d’Heather à compter plusieurs milliers de pas effectués lors de cette montée en voiture. Pour les filles, un soutien-gorge de sport ne suffit pas, il faut s’accrocher à sa poitrine en même temps qu’à la voiture.

Course dans le désert

Par la fenêtre, le paysage est extraordinaire. Les roches volcaniques s’étendent sur des kilomètres, témoignant de la force de l’éruption. On distingue clairement la forme des coulées de lave figées dans leur progression après avoir tout emporté sur leur passage. Ici et là, des roches brisées font deviner l’explosion brutale d’une bulle de magma. Mais, dans ce décor apocalyptique, la vie reprend lentement ses droits. Nous sommes surpris de voir qu’entre les roches se trouvent quelques buissons verts, parfois ornés de jolies fleurs violettes et jaunes.

Nous apercevons des tribus qui vivent là, après plusieurs kilomètres sans voir de signes de vie. Même sur les flancs d’un volcan, l’homme peut décider d’installer sa maison. C’est incroyable !

Petit étirement après le chaos de la route

La nuit tombée, nous arrivons au campement. Nous avalons quelques biscuits et jus sucrés et commençons notre ascension vers le sommet. Heureusement pour nous, nous avons des lampes frontales. Certains autres touristes doivent se débrouiller avec la clarté de la lune. De là, nous partons pour une courte ascension vers le sommet. Nous avons vu l’immense destruction que ce volcan peut causer, nous savons qu’il serait impossible de s’échapper à temps. Cela nous fait un peu peur, est-ce que c’était vraiment une bonne idée d’aller titiller ce monstre ? A mesure que nous approchons du cratère, la fumée rend parfois l’air irrespirable. Une touriste n’ose pas aller plus loin. Nous tachons de nous couvrir le visage, mais elle attaque les yeux et les poumons avec une violence extrême. Après être allés jusqu’ici, pas question de faire demi-tour maintenant. Ces soudaines privations d’oxygène sont autant de petits instants de panique, comme pour nous rappeler que nous essayons de nous rendre au cœur d’un des phénomènes les plus puissants de la nature.

Le guide nous conduit au bord du cratère, contre le vent de façon à éviter l’épaisse colonne de fumée noire qui en sort. Le spectacle est impressionnant. Comme un de ces documentaires qu’on voit à la télé, mais en mieux, juste sous nos yeux. A quelques dizaines de mètres en contrebas, la lave en fusion colore d’un rouge vif le noir intense de la nuit volcanique. Trois cheminées expulsent de la lave, comme un feu d’artifice naturel. Chaque explosion a son bruit propre, chaque craquement est différent du précédent. Chaque explosion est unique, et apporte ses propres éclats. Les gerbes lumineuses atterrissent en silence. Elles disparaissent pour devenir cette roche grise que l’on voit partout.  

Les photos ne rendent pas justice au spectacle

Les éclairs d’un orage proche viennent répondre aux lumières de lave, renforçant l’aspect dramatique de la scène. Le ciel et la montagne semblent se parler, ils se demandent sûrement ce que ces minuscules êtres un peu fous font ici.

Nous sommes partagés entre l’envie de rester des heures à admirer le volcan et le désir pressant de s’en éloigner le plus possible.

Le guide livre quelques détails : Erta Ale est un des seuls lacs de lave permanents au monde et est en éruption continue depuis 1967. Il y a deux ans, la lave a été poussée à la surface par des remontées de gaz jusqu’à déborder en dehors du cratère. Depuis, son niveau est redescendu et elle se trouve désormais à environ 70 mètres sous le bord du cratère. Il est devenu rare de voir la lave en sortir, apparemment nous avons de la chance aujourd’hui. D’autres s’y sont rendus le lendemain, mais n’ont rien pu observer.

Nous repartons et passons la nuit à la belle étoile, à quelques centaines de mètres seulement de cette fournaise.

Le lendemain, dernier jour de ce tour, une des voitures reste bloquée dans la boue crée par le violent orage de la veille.

La journée sera consacrée à la visite d’un nouveau lac salé ainsi qu’une source d’eau chaude. L’endroit est joli, mais a du mal à tenir la comparaison face au spectacle des derniers jours.

Lac Afrera

Après le déjeuner, nous rentrons à Mekele. C’est la fin de ce périple dans la dépression de Danakil. Il va nous falloir plusieurs jours de repos pour nous remettre de toutes les émotions et la fatigue accumulées, ainsi que pour raconter tout ça sur notre blog (et nous avons clairement besoin d’une bonne douche !).

Notre dernier repas avec le groupe (et quelques chèvres!)

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