4 – L’endroit le plus chaud au monde : la dépression de Danakil et ses mines de sel

4 – L’endroit le plus chaud au monde : la dépression de Danakil et ses mines de sel

N.B.: Pour une immersion totale dans l’aventure sensorielle qui va suivre, ce chapitre contient une expérience 4D inédite dans le domaine des carnets de voyage. Avant de commencer la lecture, veuillez lancer le préchauffage de votre four sur thermostat 8 (240°C) en mode chaleur tournante si disponible.  

9h dimanche matin, nous rejoignons d’autres touristes au siège de l’agence de voyage. Nous serons onze à partir. Avec nous : deux japonais, trois iraniens, un belge, un espagnol et un couple d’italiens. Les 4×4 sont vite chargés en eau, matelas et sacs. Nous quittons la ville, les montagnes et la verdure pour nous enfoncer dans le désert. Après quelques heures de route, nous faisons une pause déjeuner.

Le lieu du déjeuner. Les capsules de bouteilles sont souvent jetées au sol, créant un genre de carrelage, comme vous pouvez le voir

Quelques heures plus tard nous atteignons la zone appelée « Dépression de Danakil ». Le guide fait s’arrêter les voitures et nous demande de descendre pour nous donner quelques premières explications sur ce lieu insolite. Nous ouvrons la porte des voitures climatisées.

STOP. Veuillez interrompre votre lecture. Votre four doit avoir atteint la bonne température maintenant. Placez votre visage à une vingtaine de centimètres de celui-ci et ouvrez la porte. Vous ressentez ainsi la vague de chaleur que nous recevons en sortant des voitures. Ces conditions sont à maintenir pendant toute la durée de votre lecture.

Comme vous le voyez, il fait extrêmement chaud. Le vent est fort, mais il ne semble que déplacer un souffle d’air brûlant sans jamais nous rafraîchir. A côté, la canicule parisienne semble ridicule.

Les Quais de Seine dans un monde à + 4°C – Rapport du GIEC 2018
La dépression de Danakil

La dépression de Danakil est une des rares zones émergées au Monde à se trouver à des altitudes inférieures au niveau de la mer. Il y a longtemps, cet endroit était recouvert d’eau et faisait partie de l’actuelle Mer Rouge. Mais l’écartement des plaques arabique et africaine (nous sommes dans la région du Grand Rift – zone dite du « berceau de l’humanité » où ont été découverts certains des plus vieux restes humains) a créé cette dépression qui est séparée de la mer par de hautes montagnes. Au point le plus bas, elle se trouve à 125m de profondeur (là où est installé notre campement). Cette particularité en fait l’endroit le plus chaud de la planète, en moyenne. En effet, il y fait toute l’année entre 30°C et 56°C (température la plus haute enregistrée sur Terre). La présence d’un guide est obligatoire pour se rendre dans cette région qualifiée de plus inhospitalière au monde.

Il y a quelques millions d’années, l’eau de la Mer Rouge adjacente a pu rentrer ponctuellement dans ce bassin. L’eau s’est évaporée mais le sel marin est resté. Nous reprenons la voiture quelques minutes pour aller voir le gigantesque désert de sel qui en résulte. De couleur beige, ce terrain craquelé s’étend à perte de vue.

Le guide nous emmène à une piscine naturelle remplie d’eau salée, où il nous propose de nous baigner. Nous nous tortillons pour rentrer dans nos maillots de bains à l’arrière du 4×4 malgré la chaleur et la transpiration (l’air conditionné était éteint depuis un moment). Dans cette eau très concentrée en sel, les corps flottent. L’impression est assez surréaliste, nous nous retrouvons à sautiller dans cette piscine d’eau chaude au milieu de nulle part. C’est agréable et presque rafraichissant, nous avons l’impression d’avoir notre propre piscine privée. En revanche, pas évident de se rincer après. Comme si la transpiration ne nous avait pas suffisamment couverts de sel avant d’entrer dans l’eau ! (#instareality).

La piscine d’eau salée
Au milieu de nulle part

Nous nous approchons ensuite d’un lac situé à proximité. Il est appelé Lac Asale par les autochtones, ce qui signifie « Lac des montagnes rouges » en référence à la couleur des montagnes qui bordent la région. Ici, le sel est plus humide et prend la couleur blanche que nous lui connaissons dans nos assiettes. Le coucher du Soleil se reflète sur ces étendues immaculées. Les couleurs sont magnifiques, le décor presque irréel. Les photos que nous prenons seront sûrement loin de lui rendre justice.  C’est probablement l’une des plus belles choses qu’il ne nous ait jamais été donnés de voir. Nous restons de longs instants à contempler cette incongruité de la Création.

Il y a encore du boulot avant de pouvoir intégrer les caravanes

Le guide nous réunit ensuite pour un nouvel enseignement. Le peuple qui habite la région, les Afars, récolte ici le sel depuis le 6ème siècle de façon traditionnelle. Un premier groupe mine le sol pour en extraire de gros blocs de sel, ils gagnent 4 birrs par bloc (0,12€). Un deuxième groupe vient ensuite les tailler en formes rectangulaires, ils gagnent 8 birrs par bloc. Un troisième groupe guide de longues caravanes de chameaux et les transportent jusqu’à la ville de Berhale située à deux jours de marche. Ils gagnent 12 birrs par bloc. Les blocs sont ensuite revendus 35 birrs (1,08€) sur les marchés. C’est un des métiers les plus difficiles du Monde, ces gens sont très fiers de ce patrimoine qui définit leur culture. Les caravaniers sont considérés comme des héros. Quand un homme demande la main d’une femme, le père de la fille demande s’il a fait les caravanes de sel. Si oui, il donne son accord immédiatement.

Les blocs de sel attendant d’être taillés

Nous nous installons dans le campement pour une nuit à la belle étoile, sur des lits faits de corde et de bois. Difficile de trouver le sommeil, entre le bruit du vent et la chaleur étouffante. Quand nous y parvenons enfin, les bêlements d’une chèvre viennent briser le silence de la nuit et réveiller tout le monde. Tant pis, à défaut de repos, cet endroit reculé nous offre un ciel étoilé magnifique.

2 Replies to “4 – L’endroit le plus chaud au monde : la dépression de Danakil et ses mines de sel”

  1. Je l’ai lu à la pharma donc je n’avais pas de four pour me mettre en condition, mais j’imagine la température…. ^^
    Super récit!!!! merci

  2. Vous racontez tellement bien qu’on s’y croirait. Vos photos sont vraiment étonnantes et belles ! J’espère quand même que vous n’avez pas finis en chips avec tout ce sel et cette chaleur…

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